D13 : Vom Crivòliu
Présentation
Édition : Peter Andersen & Alessia Bauer
Description succincte
- Témoins : 1 imprimé (1870)
- Sigles : D13
- Longueur totale des témoins : 4 pages
- Témoin publié et transcrit : D13
- Longueur du témoin publié : 106 lignes et 1216 mots
- Référence numérique : lignes du témoin transcrit (D13)
- Auteur : Otto Hartwig (éditeur), Laura Gonzenbach (collectrice)
- Lieu : Sicile
- Date : 1870
- Source : I1 et probablement aussi D1 ou D11
Facsimilés
- D13 (Leipzig 1870 ; Munich BSB, P.o.it. 453 m-2, p. 159-162)
Structure
- 14 épisodes : 1 (1-2), 2 (2-3), 3 (3-4), 7 (4-8), 10 (9-17), 11 (17-20), 12 (21-36), 13 (36-44), 19 (45-50), 20 (50-56), 21 (57-77), 23 (77-91), 24 (91-92), 25 (93-106)
Discours direct
- 13 répliques entre doubles guillemets allemands : 6, 10, 15, 25, 26, 38, 41, 47, 49, 73, 76, 94, 101 (dont une coupée par une incise suivie de doubles guillemets : 11)
La treizième version allemande de la légende du Bon Pécheur selon l’ordre chronologique présente la particularité d’être la traduction d’un conte italien dont il n’existe aucune trace. Selon son éditeur, ce conte fut recueilli de la bouche d’un conteur ou d'une conteuse en Sicile entre 1867 et 1869. Il fait partie d’un recueil de 92 contes publiés en 1870 à Leipzig par Otto Hartwig (1830-1903), alors secrétaire de la bibliothèque universitaire de Marbourg. Cet éditeur avait travaillé à Messine de 1860 à 1865 comme prédicateur de la communauté allemande de confession protestante. C’est durant ce séjour qu’il fit la connaissance de la jeune Italienne Laura Gonzenbach (1842-1878), née à Messine comme fille d’un commerçant d’origine suisse. Après avoir publié en 1867 le premier volume d’un ouvrage sur la Sicile, Aus Sicilien. Cultur- und Geschichtsbilder (Images de la culture et de l'histoire de la Sicile), Hartwig décida d’inclure quelques contes siciliens dans un second volume et demanda à Gonzenbach d’en collecter et de les lui envoyer. Après avoir reçu d’abord dix contes, il l’encouragea à poursuivre la collecte. Cela conduisit à un manuscrit avec 92 contes recueillis pour l’essentiel au printemps 1868 sur les versants méridionaux de l’Etna près de Catane (Hartwig 1870, I, p. vii). Hartwig publia ces contes en 1870 en allemand avec des modifications superficielles et rédigea lui-même la préface (ibidem, p. vi-xiv) et une longue introduction générale sur l’histoire de la Sicile (ibidem, p. xvii-liii). Il demanda enfin à Reinhold Köhler (1830-1892), bibliothécaire à la Großherzogliche Bibliothek de Weimar, de rédiger un savant commentaire des textes édités.
Le récit sur le Bon Pécheur porte le numéro 85, couvre quatre pages et s’accompagne d’une seule note précisant l’original sicilien de l’inscription évoquant l’inceste. Dans cette version, le texte est rédigé par le père et inscrit sur l’épaule de l’enfant à côté d’une croix, un motif propre à ce texte. Toute référence aux parents du frère et de la sœur qui commettent l’inceste est gommée. L’histoire commence comme un conte typique par la formule traditionnelle : Es waren einmal ein Bruder und eine Schwester (Il était un frère et une sœur). Le seul personnage qui échappe à l’anonymat est l’enfant. Il s’appelle Crivòliu. Dans son bref commentaire de quatre lignes, Köhler suggéra qu’il s’agissait d’une déformation de *Gregoriu (ibidem, II, p. 257). La trame narrative est fortement simplifiée. Le frère ne quitte pas sa sœur pour faire pénitence en Terre sainte et ne meurt donc pas là-bas. Il perd pourtant tout statut social et n’est plus présenté comme souverain. Comme il reste auprès de sa sœur et ne gouverne aucun territoire, l’agression de la sœur par un prétendant n’a pas lieu. La référence à la religion est également réduite au début du récit. L’enfant est recueilli par un pêcheur qui le garde sans l’intervention d’un abbé. Ses frères de lait se moquent de lui par jalousie en l'appelant un enfant trouvé. Son père adoptif l’envoie lui-même à l’école et que les moqueries continuent là-bas. Après avoir appris la vérité de la bouche de son père adoptif qui se substitue sur le plan narratif au traditionnel abbé, Crivòliu s’en va dans le monde pour faire pénitence pour le péché de ses parents et arrive directement dans une auberge tenue par une femme. Elle incarne à la fois la mère du protagoniste qu’il rencontre normalement après son départ de sa famille adoptive et la femme du pêcheur qui prend sa défense après son départ du pays où vit sa mère. C’est cette aubergiste et non son mari qui conduit Crivòliu sur le lieu de sa pénitence. C'est une grotte qu’on atteint par la voie terrestre et non un rocher entouré d’eau. Le motif de la clef fermant une chaîne est supprimé. La fin du récit suit la légende traditionnelle à ceci près que la voix céleste est remplacée par une colombe blanche qui se pose sur la tête du pénitent pour montrer aux cardinaux qui sera leur nouveau pape. Dans la scène finale, le protagoniste, intronisé pape à Rome, accorde une double absolution à ses parents qui se rendent tous les deux à Rome. Le frère a survécu au début du récit et vit encore.
Malgré la brièveté du récit, ses divergences avec la trame habituelle de la légende permettent de déterminer avec certitude la source principale, le conte italien Il figliuolo di germani, édité en 1866 à Leipzig en italien avec un résumé allemand. La suppression des références géographiques au début du récit au profit d'une formulation propre aux contes, la suppression de l'épisode de l'agression de la mère par un prétendant, la pénitence dans une grotte accessible par voie terrestre, la suppression de la voix céleste et enfin les retrouvailles familiales à trois dans la scène finale à Rome attestent l'intertextualité directe. Il est même fort probable que les deux éditeurs, Otto Hartwig et Hermann Knust, se connaissaient, car leurs éditions respectives parurent toutes deux à Leipzig. En 1870, la légende était diffusée dans de nombreuses langues, mais surtout en allemand. Il existait une traduction allemande moderne du Gregorius de Hartmann depuis 1851 et l’histoire était encore mieux connue en Allemagne grâce aux deux versions publiées par Karl Simrock en 1839 et vers 1865. Dans ces deux versions, Gregorius finit évêque, mais dans celle de 1839 il est décrit comme l’évêque suprême de la chrétienté, donc implicitement comme pape. Gonzenbach connaissait peut-être à la fois les éditions très populaires de Simrock, la première traduction moderne du Gregorius de Hartmann et le conte édité en 1866 par Knust, présenté comme un récit miraculeusement recueilli de la bouche d'un Italien illettré et en fait composé par lui-même à la lueur d'une bougie à Pise ou en Saxe. Il est également hautement vraisemblable que ce récit édité par Hartwig provienne intégralement de la plume de Laura Gonzenbach elle-même et non d'une hypothétique oralité sicilienne.
Nous ne savons pas dans quelle langue Gonzenbach consigna ce récit. Son manuscrit a disparu. Le recueil de 92 contes a été réédité deux fois, en 1976 sous la forme d’une simple réimpression, en 2013 avec une nouvelle mise en page, mais sans modification notable du texte. Le recueil a aussi connu plusieurs traductions, une intégrale en 1885 en anglais par Frederick Thomas Crane, trois partielles, en italien en 1964, en italien en 1999 et en anglais en 2004, chaque fois sans le récit du Bon Pécheur, et enfin une traduction intégrale en italien en 2009. La recherche sur le chapitre 85 est inexistante. Une version apparentée fut publiée en 1875 en dialecte sicilien par Giuseppe Pitrè sous le titre Grigòliu Papa. Nous l’avons publiée séparément sous le sigle I2.