D17 : Der Büßer
Présentation
Édition : Peter Andersen
Description succincte
- Témoins : 2 éditions (1957-1988, D17-1 et D17-2)
- Longueur totale des témoins : 158 pages
- Témoin de référence : édition de 1957
- Longueur du témoin de référence : 90 pages, 2936 lignes et 19749 mots
- Référence numérique : ligne du témoin de référence
- Auteur : Rudolf Henz
- Lieu : Autriche, probablement Vienne
- Date : 1957
- Source : D1 et D16, ponctuellement L6
Facsimilés
- D17-1 (Henz 1951 ; Bischheim, sans cote, p. 1-130) – en copyright jusqu'au 31/12/2057, publication avec l'aimable autorisation de l'ayant-droit Die Forschungs- und Dokumentationsstelle fûr neuere österreichische Literatur im Literaturhaus Wien
Structure
- 5 actes avec un total de 7 scènes : I (1-528), II/1 (529-849), II/2 (850-1274), III/1 (1275-2059), IV (2060-2551), V (2552-2936)
- 6 épisodes : 15 (1-528), 17 (529-1274), 18 (1275-1762), 20 (1763-2059), 22 (2060-2551), 25 (2552-2936)
Discours direct
- 1199 répliques
La dix-septième version allemande de la légende du Bon Pécheur est un drame en cinq actes, Der Büßer (Le pénitent), édité en 1957 à Graz et Vienne par Rudolf Henz (1897-1987). Elle parut dans la maison Stiasny et fait partie d'une série d’environ 170 monographies autrichiennes entre 1956 et 1968. La série dépendait dans une large mesure de subventions accordées par le ministère autrichien de l’enseignement.
Rudolf Henz est né en 1897 à Göpfritz an der Wild, aujourd’hui en Basse Autriche, et participa à la Première Guerre Mondiale où il atteignit le rang de lieutenant. Après la guerre, il étudia l’allemand et l’histoire de l’art à l’Université de Vienne où il devint docteur en 1923. Il occupa ensuite des postes de direction dans l’éducation et à la radio jusqu’à l’annexion de l’Autriche par le régime hitlérien qui le démit de ses fonctions. En 1945, il devint directeur des programmes de l’Österreichischer Rundfunk, la radio nationale, à partir de 1955 aussi de la télévision. Son fervent attachement au catholicisme explique sans doute en partie son intérêt pour l'hagiographie et à la légende du Bon Pécheur.
Il débuta comme auteur en 1919 par un recueil de poésie Lieder eines Heimkehrers (Poèmes d’un retour au pays), publia à partir de 1932 de nombreux romans et à partir de 1937 aussi des drames. Il était rédacteur de la revue Wort in der Zeit à partir de 1954. L’épopée en vers Der Turm der Welt (1952) est considérée comme son œuvre majeure. Aujourd’hui, Henz est partiellement tombé dans l'oubli. En 1985, la maison de Graz Styria entreprit d’éditer ses œuvres complètes, mais seuls quelques volumes parurent.
Le drame Der Büßer est précédé d’une longue introduction du journaliste et critique littéraire Oskar Maurus Fontana (p. 5-26). Il présente la vie et l’œuvre de Henz et évoque aussi à la fin Der Büßer qu’il compare à la légende d’Œdipe. L’introduction est suivie d’un extrait de 93 vers de l’épopée Der Turm der Welt. L’édition de 1957 se termine par une bibliographie qui date Der Büßer de 1955. Nous n’avons pas réussi à savoir si une version manuscrite du drame est conservée. Der Büßer a été réédité une fois, en 1988, avec une postface de Paul Wimmer, un autre critique littéraire autrichien. Le drame ne doit pas être confondu avec deux textes homonymes. Der Büßer est aussi le titre d’un récit d’Ida Maria Deschmann de 1941 et celui de la traduction allemande de 1987 de ער בעל תשובה, un roman du prix Nobel Isaac B. Singer, paru d’abord en 1983 en traduction anglaise sous le titre The Penitent.
Le drame homonyme est une adaptation complexe et libre de la légende du Bon Pécheur, avec certaines références voilées à la situation de l’Autriche pendant la montée du nazisme et à la violence qui régnait à cette époque. L’action se déroule tantôt en Aquitaine, tantôt en Aragon, tantôt à Rome. Lorsque le rideau se lève, Gregorius est déjà adulte. L’Aquitaine est menacée par les Maures et défendue par des soldats appelés les loups (Wölfe). La reine Faustina, la mère du protagoniste, est enfermée dans une tour depuis 18 ans. Le chancelier Claudius la libère pendant qu'un guerrier sauvage met en fuite les Maures. Ce guerrier ne sait pas encore parler le langage humain. La reine l’appelle Gregorius. Elle ordonne qu’il soit couronné roi de deux royaumes. À la fin du premier acte, elle décide de se rendre dans les Montagnes sulfureuses (Schwefelberge) pour chercher l’enfant qu’elle a eu avec son frère Faustinus. Elle l’a autrefois confié à une vieillarde. La libération d’Aquitaine est inspirée de l’épisode 15 à ceci près que les Maures n’attaquent pas l'Aquitaine pour imposer la volonté d’un prétendant à Faustina. Le second acte reprend le fil des événements un an plus tard. Gregorius est maintenant roi. Il a fait brûler toutes les bibles. Pendant ce temps, Faustina cherche vainement son enfant. Gregorius entend interdire l’inceste par une nouvelle loi. Le fait qu'il règne dans l’ignorance de ses origines correspond à l’épisode 17. Dans la première scène de l’acte III, il découvre la vérité et se retire comme ermite. Cette découverte et son départ d’Aquitaine se recouvrent avec l’épisode 18. Dans la seconde scène du même acte, Gregorius vit comme ermite avec Platonius. Il veut qu’on lui crève les yeux, un motif emprunté à la légende d’Œdipe. À la fin de cet acte, il part avec Claudius. Ce départ rappelle le traditionnel départ du pénitent pour le rocher avec le pêcheur, donc l’épisode 20. Dans l’acte IV, Gregorius est enchaîné sur un rocher et un pèlerin arrive de Rome. Cette scène correspond à l’épisode 22 et inclut le motif de la redécouverte de la clef jetée dans l’eau. Au dernier acte, Gregorius est pape à Rome où arrive une délégation d'Aquitaine. Il retrouve ainsi sa mère, mais elle reste au second plan dans cette scène qui correspond à l’épisode 25.
L’ouvrage de 1957 ne contient aucune référence à la source du drame. Le fait que l’action principale se déroule en Aquitaine suggère à première vue un recours au Gregorius de Hartmann, mais il est probable que Henz s’inspire en premier lieu de L’Élu de Thomas Mann. Ce roman avait paru seulement six ans plus tôt. La mention d’une guerre contre la Bourgogne laisse entendre que Henz a parallèlement consulté la version des Gesta Romanorum, par exemple la traduction allemande de Johann Georg Theodor Gräße qui avait connu quatre éditions entre 1842 et 1905. Le drame est rarement mentionné dans la littérature consacrée à la légende du Bon Pécheur. Brian Murdoch en propose un résumé détaillé, souligne les emprunts à Thomas Mann et à la légende d’Œdipe et considère qu’il s’agit d’une réécriture fort intéressante et originale du récit médiéval.