E3 : El marido de su madre
Présentation
Édition : Peter Andersen
Collaboration : Santiago Fernández Mosquera
Description succincte
- Témoins : 10 éditions
- Sigles : E3-1 à E3-10 (E3-1 à E3-4 : témoins datés ; E3-5 à E3-10 : témoins non datés)
- Longueur totale des témoins : 336 pages
- Témoin publié et transcrit : E3-1
- Longueur du témoin publié : 2833 vers et 15287 mots (E3-1)
- Référence numérique : vers de l'édition princeps
- Auteur : Juan de Matos Fragoso
- Lieu : Espagne, probablement Madrid
- Date : 1658
- Source : L6
Facsimilés
- E3-1 (Madrid, Julián de Paredes, 1658 ; Vienne NB, *38.F.46.(Vol.1), fol. 108r-128v)
- E3-2 ([Madrid], Antonio Sanz, 1731 ; Hambourg SUB, SDd II, 55, fol. [1]ra-[16]vb)
- E3-3 ([Madrid], Antonio Sanz, 1744 ; Austin, 91.7, fol. [1]ra-[16]vb)
- E3-4 (Barcelona, Carlos Sapera, 1770 ; Vienne NB, 444915-B, fol. [1]ra-[16]vb)
- E3-5 ([Sans lieu, sans imprimeur, 1658/1700] ; Madrid BNE, T/55279/12, fol. 1ra-20vb)
- E5-6 ([Sans lieu, sans imprimeur, 1658/1700] ; Barcelone MAE, 58960, fol. 17r-31v)
- E3-7 ([Sans lieu, sans imprimeur, c. 1710] ; Londres BL, 11728.d.26, fol. 1ra-20vb) – EN COPYRIGHT (contenu des pages)
- E3-8 ([Madrid], Juan Sanz, [1715/1726] ; Londres BL, 11728.d.27, fol. [1]ra-[16]vb) – EN COPYRIGHT (contenu des pages)
- E3-9 (Séville, Imprenta Real [veuve de Francisco de Leefdael?], [1729/1743] ; Lisbonne, L. 2907//3 V., p. 1a-28b)
- E3-10 (Salamanca, Santa Cruz, [1725/1800] ; Madrid BNE, T/5211, p. 1a-32b) – en noir et blanc
La troisième et dernière version espagnole de la légende du Bon Pécheur est une comédie comme la précédente. Avec 2833 vers selon notre décompte, elle est deux fois plus longue et nous en connaissons l'auteur, Juan de Matos Fragoso (v. 1608-1689). D'origine portugaise, il s'installa à Madrid après avoir fait des études de droit. Selon le recensement de Katerina Vaiopoulos (2020), il est l'auteur de 52 poèmes, 7 textes en prose et 53 pièces de théâtre dont 36 comédies, parfois composées collectivement avec un ou deux autres auteurs. Sa principale publication est un recueil de 12 comédies publiées en 1658.
La sixième de ces douze comédies est une adaptation très originale de la légende du Bon Pécheur. Elle s'intitule El marido de su madre (Le mari de sa mère). Le protagoniste s'appelle encore Gregorio, les autres personnages portent des noms différents de la précédente comédie que Matos Fragoso ne semble pas avoir connue. La fin diverge totalement et l'histoire est transférée en Orient. Le père s'appelle Carlos et est prince d'Antioche. Après avoir mis enceinte sa sœur putative Rosaura, il l'abandonne et quitte le pays. La mère du héros est assiégée par le duc de Tyr qui est anonyme. Après la défaite du duc, Gregorio épouse sa mère, mais elle refuse de consommer le mariage tant qu'elle n'aura pas eu des nouvelles de son frère. Encore amoureux de Rosaura, Carlos revient au pays. Finalement, une partie de la vérité éclate. Gregorio se retire alors comme ermite dans un désert de Syrie. Un bouffon nommé Bato l'accompagne. Une voix céleste le désigne patriarche de Syrie. Tout le monde converge alors vers la grotte où vit Gregorio : sa mère Rosaura accompagnée de sa servante et confidente Irene et de son vassal Filipo, le père biologique de Gregorio Carlos, son père adoptif Enrique qui n'est ni pêcheur ni abbé, et le duc de Tyr et son serviteur Lombardo, tous les deux libérés d'une tour par Irene qui est amoureuse du duc. Grâce à une révélation d'Enrique, il s'avère que Carlos est lui aussi un enfant adoptif. Les parents de Gregorio peuvent donc se marier, le duc prendra à défaut Irene en remerciement de la libération et Gregorio deviendra patriarche sans jamais perdre sa chasteté.
Tout se termine bien pour tout le monde sans qu'aucun des personnages ne commette le moindre inceste ou meurtre. Au cours de l'action, Gregorio et Bato ont le temps d'aborder de nombreux sujets comme la poésie et la gastronomie. C'est une vraie comédie où le bouffon devient le second personnage le plus important (147 répliques), juste derrière Gregorio (173 répliques). L'action se déroule sur trois journées, mais quand le rideau se lève Gregorio est déjà retourné dans le pays de sa mère, la Syrie. La durée de sa pénitence n'est pas spécifiée. Des allusions sont faites aux événements antérieurs mais le canevas de la comédie diffère à tel point du récit traditionnel qu'il est difficile d'établir un tableau de concordances entre les scènes de la comédie et les épisodes de la légende. La scène finale où la mère et le fils se retrouvent n'a qu'une vague similitude avec la rencontre de Rome où la mère se rend traditionnellement pour se confesser.
La comédie a connu au moins dix éditions entre 1658 et 1770 et tomba ensuite dans l'oubli. Il n'existe pas d'autres rééditions modernes que celle en facsimilés de l'édition princeps dans la thèse sur l'adaptation précédente Lucistela (Martín 2010). La comédie de Matos Fragoso n'a pas été traduite non plus et il n'existe aucune étude spéficique non plus. La comédie est seulement répertoriée dans divers catalogues depuis 1717. En 1870, Reinhard Köhler en a publié un bref résumé en allemand.
Comme aucune des éditions anciennes ne numérote les vers, le nombre précis des vers est inconnu. Comme Lucistela, El marido de su madre se divise en trois journées, mais cette seconde comédie est principalement rédigée en vers blancs. Le mètre général est l'octosyllabe. Chacune des trois journées comporte toutefois un passage rimé avec un mètre différent où l'hendadécasyllabe prédomine. L'édition princeps présente les octosyllabes sur deux colonnes, les trois autres passages sur une seule colonne. Ce sont les vers 610-687, 1357-1493 et 2643-2702 selon notre décompte. À l'intérieur des passages rimés, on trouve quelques vers sans rime. Les vers sont parfois répartis sur deux ou trois répliques prononcées par différents personnages. L'édition de 1658 ne les présente qu'exceptionnellement sur une seule ligne. Les rééditions corrigent souvent, mais ne trouvent pas toujours la bonne solution graphique. Dans l'édition qui est proposée sur ce site, nous avons numéroté les vers en fonction des octosyllabes et des rimes dans les trois passages hétérogènes. Nous arrivons ainsi à 2833 vers pour 3027 lignes. Si l'auteur avait vu la possibilité de procéder à une relecture avant l'édition de sa comédie, il aurait probablement veillé à ce que ses vers soient respectés graphiquement. Le texte a donc peut-être été édité sans relecture. Au total, El marido de su madre se compose de 818 répliques prononcées par huit personnages désignés par un nom (Bato, Carlos, Enrique, Filipo, Gregorio, Irene, Lombardo et Rosaura), six personnages anonymes (le duc, un enfant, trois bandits et une voix céleste) et trois collectifs (musiciens, tous, d'autres).