I1 : Il figliuolo di germani
Présentation
Édition : Peter Andersen & Alessia Bauer
Description succincte
- Témoins : 1 imprimé (1866)
- Sigles : I1
- Longueur totale des témoins : 4 pages
- Témoin publié et transcrit : I1
- Longueur du témoin publié : 109 lignes et 1078 mots
- Référence numérique : lignes du témoin transcrit (I1)
- Auteur : Hermann Knust (éditeur), marin italien (conteur)
- Lieu : Pise
- Date : 1866
- Source : D1 ou F1 ou les deux
Facsimilés
- I1 (Leipzig, 1866 ; Munich BSB, H.lit.p. 181 e-7, p. 398-401)
Structure
- 16 épisodes : 1 (1-11), 3 (11-17), 7 (17-19), 10 (19-26), 11 (26-27), 12 (28-29), 13 (29-34), 14 (35-42), 16 (42-50), 18 (51-63), 19 (63-67), 21 (67-72), 23 (72-77), 24 (77-79), 25 (79-109)
Discours direct
- 31 discours directs entre doubles guillemets italiens : 5, 7, 9, 16, 23, 28, 30, 38, 43, 45, 47, 49, 52, 53, 56, 58, 74, 74, 75, 75, 80, 82, 87, 88, 91, 92, 94, 97, 98, 102, 106 (dont une coupée par une incise entre parenthèses : 8)
La première version italienne de la légende du Bon Pécheur présente la particularité d’avoir été publiée par un hispaniste allemand dans une revue de langue allemande. L’éditeur, Hermann Knust (1821-1889), est un savant peu connu. En ligne, il existe une biographie espagnole qui le présente sous le nom espagnol Germán Knust (Bueno Sanchez 2013). L'auteur de la biographie avoue sa propre perplexité et met en garde contre la confusion avec un autre Allemand ayant le même patronyme, Heinrich Friedrich Knust (1807-1841), et s’intéressant lui aussi à l’Espagne. Il pourrait s'agir d'un frère aîné ou du moins d'un parent. Hermann Knust est originaire de Brême selon le catalogue de vente aux enchères de sa bibliothèque. Il était actif comme éditeur entre 1861 et 1888 et publia notamment des légendes espagnoles d’après des manuscrits de la bibliothèque de l’Escurial. Il mourut en 1889, peut-être à Leipzig, car c’est dans cette ville que sa bibliothèque fut mise aux enchères en 1891. Ses documents personnels se trouvent aujourd’hui à la Bibliothèque Universitaire de Leipzig sous différentes cotes. Il n’existe vraisemblablement aucune biographie allemande sur Hermann Knust, en revanche une de 1882 sur son possible frère.
En 1866, Hermann Knust édita douze contes italiens en traduction allemande dans une revue littéraire de Leipzig, le Jahrbuch für Romanische und Englische Literatur. Selon la laconique introduction, il recueillit ces textes de la bouche d’une Guardia marina italienne à Gênes. Knust avait prévu de se rendre en Sicile, mais le capitaine avait dû faire demi-tour à Naples à cause du choléra, n’avait pas pu accoster à Livourne à cause de l’épidémie et pour cette raison mis le cap sur Gênes. C’est là que la garde marine anonyme serait montée à bord. Selon Knust qui se présente comme le seul étranger du bateau, la garde marine était un vieux conteur qui ne savait ni lire ni écrire, mais qui était doté d’une brillante mémoire. Il aurait diverti les voyageurs pendant une quarantaine de trois jours en leur racontant des histoires. Son auditoire médusé serait monté sur des caisses et des sacs pour l'écouter. Knust était lui-même si captivé par le conteur qu’il décida de consigner les histoires pour les sauver de l’oubli. Après la quarantaine, il se rendit à Livourne et recueillit les mêmes histoires une seconde fois par la bouche d'autres informateurs tout aussi anonymes que la garde marine de Gênes. Knust signa son recueil à Pise le 10 mars 1866, puis le confia à la revue de Leipzig où il parut la même année.
L’article contient douze contes relativement brefs d’une longueur moyenne d’une page et demie. Un seul d’entre eux, le numéro 7 intitulé Das Kind der Geschwister (L'enfant du frère et de la sœur), est également édité en version originale. Il porte en italien le titre synonyme Il figliuolo di germani. Ce conte raconte l’histoire d’un enfant conçu dans l’inceste par un frère et une sœur et s’apparente par sa structure et ses motifs à la légende du Bon Pécheur. Le texte allemand est trois fois plus court que la version italienne et n’en constitue qu’un simple résumé détaillé. Nous considérons le texte italien comme le seul témoin authentique de cette variante de la légende du Bon Pécheur.
Le début de l’histoire n’est pas localisé et les grands-parents du protagoniste ont perdu tout statut social. Ils ne règnent pas sur un territoire et sont simplement présentés comme un quelconque couple marié. Après avoir commis l’inceste, le frère reste avec sa sœur et ne meurt pas. Leur enfant est jeté dans un fleuve et non dans la mer et aucune inscription n’explique son origine. Bien que l’enfant dérive sur un fleuve, il parvient curieusement à une île où un homme le trouve et l’adopte avec son épouse. Le traditionnel abbé est absent de cette version et l’enfant n’est jamais baptisé. Il demeurera dans l’anonymat jusqu’à la fin du récit. Ses parents adoptifs ont déjà un fils qui l’accuse d’être un enfant trouvé. Dès l’âge de huit ans, le protagoniste quitte sa famille adoptive et devient mendiant. Par le fruit du hasard, il arrive dans la ville où résident ses parents biologiques. Ils adoptent à leur tour le jeune enfant pauvre par compassion et le gardent avec eux pendant huit ans. C’est alors que le frère demande soudainement à sa sœur d’épouser leur fils adoptif sans savoir que c’est leur fils biologique. Pendant la nuit de noces, avant ou après avoir consommé le mariage, la sœur découvre brusquement grâce à une tresse de cheveu que son mari est en fait son fils. Le protagoniste quitte alors ses parents et se retire dans une forêt pour faire pénitence. Il y reste pendant deux ans jusqu’à ce que le pape meure. Sans avoir entendu une voix céleste, les cardinaux de Rome se mettent en route et trouvent aussitôt le pénitent dans une grotte. Ils le conduisent à Rome où il est intronisé pape. À la fin du récit, les parents du protagoniste se rendent tous deux auprès de lui à Rome pour se confesser. Tout se termine par une absolution générale et tous les trois sont enterrés dans la basilique Saint-Pierre.
Bien que le protagoniste ait sombré dans l’anonymat, la trame narrative de ce conte est si proche de celle de la légende du Bon Pécheur qu’une appartenance au corpus ne fait aucun doute. Le récit est fortement simplifié et a subi d'importantes suppressions. Au début, le conte fait l'économie du départ du frère et de sa mort en Terre Sainte. Cette simplification entraîne la suppression de l’épisode où la sœur se fait agresser parce qu’elle est seule sans homme pour la défendre. Dans le conte italien, le frère et la sœur restent ensemble du début à la fin et continuent peut-être à pratiquer sciemment l’inceste pendant 17 ans. Ils figurent d'ailleurs conjointement dans les titres italien et allemand sous les termes germani et Geschwister. Pour convaincre sa sœur d’épouser leur fils adoptif de 16 ans, le frère évoque un péché sans préciser s'il songe à l’inceste ayant conduit à la grossesse et donc commise environ 9 mois avant la naissance de l'enfant. La sœur a donc bien plus de 30 ans à ce moment du récit et est au moins deux fois plus âgée que l’homme que son frère lui conseille d’épouser. Le seul péché expressément avoué par le frère est le fait que lui et sa sœur aient « mangé ensemble » (si mangia insieme) pendant de nombreuses années. Ils n'éprouveront un vrai remords que deux ans plus tard une fois que leur fils sera devenu pape après une pénitence dans une grotte située dans une forêt sauvage et apparemment accessible par voie terrestre. Les motifs de la clef et de la voix céleste sont supprimés à la fin du récit sans être remplacés par de nouveaux éléments narratifs. La scène finale diverge de la légende traditionnelle par la présence du frère. Toute la famille est réunie à Rome lors de la confession. Le récit se termine par un ajout. Selon la dernière phrase, les trois personnes citées anonymement dans les titres italien et allemand sont toutes les trois enterrées à Rome dans la basilique Saint-Pierre.
Pour l’ensemble des douze contes édités, Knust se réfère à une oralité à première vue répandue dans tout le Nord de l’Italie puisque les habitants de la Toscane racontent exactement la même chose que la garde marine de Gênes. Dans le bref paragraphe qu’il insère en introduction à la version italienne de la légende du Bon Pécheur, l’éditeur trahit en fait malgré lui ses véritables sources, le Gregorius de Hartmann et la Vie de saint Grégoire. Il renvoie à l’édition du texte français par Victor Luzarche en la datant par inadvertance de 1854. Elle parut en réalité en 1857. Il ne cite aucune édition du texte allemand, paru deux fois dès 1838. Knust connaissait vraisemblablement le professeur de lycée de Zeitz, Fedor Wilhelm Bech (1821-1900), qui était en 1866 sur le point d’achever une nouvelle édition du Gregorius de Hartmann. Cette nouvelle édition parut à Leipzig avec une introduction signée en septembre 1867, donc seulement un an et demi après le voyage d’Italie de Knust et l’achèvement de son recueil de contes à Pise. La genèse extraordinaire de son recueil pendant une épidémie toscane rappelle immanquablement le Décaméron. Comme Boccace, Knust puisa en réalité son inspiration dans les bibliothèques sans écouter des conteurs illettrés à l'existence fort hypothétique. Il était à la fois Allemand et spécialiste des langues romanes et pouvait sans doute lire la Vie de saint Grégoire dans la lettre. S'il peinait à comprendre le moyen-haut-allemand de Hartmann, il lui suffisait de prendre connaissance du Gregorius grâce à l’élégante traduction versifiée publiée dès 1851 par Alexander Weiske sous le pseudonyme « S. O. Fistes ».
Le récit romantique sur les voyageurs attirés par un vieux conteur analphabète sur un bateau en quarantaine contient un seul élément historiquement avéré. L’Italie était réellement touchée par le choléra en mars 1866. Il s’agit de la vague connue comme la Quatrième pandémie de choléra (1863-1875). Elle sévit en Italie de 1865 à 1867, surtout dans le Sud de la péninsule et à Gênes.
Avant le présent projet, la première version italienne de la légende du Bon Pécheur n'avait jamais été ni rééditée ni traduite ni fait l'objet d'une quelconque analyse. Elle constitue le début de la branche italienne de la légende qui connut bientôt deux ramifications, en 1870 en traduction allemande (D13) et en 1875 en italien (I2), les deux fois avec les retours à la source et la réintroduction du nom du protagoniste en italien, appelé tantôt Crivòliu, tantôt Grigòliu.