D10 : Das wunderbarliche Urtheil Gottes erscheinen am Bischoff Gregorio
Présentation
Édition : Peter Andersen
Collarabotion : Claire Gramme (traduction)
Description succincte
- Témoins : 5 éditions (versions anciennes : 1692-1732, réception moderne : v. 1800-1865)
- Sigles : D10-1 à D10-3 (versions anciennes) et D10-4 à D10-5 (réception moderne)
- Longueur totale des témoins : 47 pages (versions anciennes) et 68 pages (réception moderne)
- Témoin publié et transcrit : D10-1
- Longueur du témoin publié : 1353 lignes et 7794 mots (D10-1)
- Référence numérique : lignes de l'édition princeps D10-1
- Auteur : Martin de Cochem
- Lieu : Allemagne, probablement Günzburg
- Date : 1692
- Sources : L6, D6 et D9
Facsimilés
- D10-1 (Dillingen, Johann Caspar Bencard, 1692 ; Prague NK, 21 G 000028, p. 342a-358b)
- D10-2 (Dillingen, Johann Caspar Bencard, 1706 ; Eichstätt, 04/1 AÖ 1879, p. 291a-305b)
- D10-3 (Dillingen, veuve de Johann Caspar Bencard et consorts, 1732 ; Munich BSB, p. 291a-305b)
La neuvième et ultime version allemande de la légende du Bon Pécheur avant 1800 fait partie d’un recueil d’histoires en trois volumes publié par le capucin Martin de Cochem (1634-1712). Comme son nom l’indique, il était originaire de Cochem sur la Moselle. Il mena une vie itinérante et résida dans le monastère de Günzburg dans le diocèse d’Augsbourg entre 1689 et 1693. C’est durant cette période qu’il rédigea une nouvelle version de la légende, probablement à partir de trois sources imprimées, une en latin issue des Gesta Romanorum (L6), et deux en allemand issues du légendier de Nuremberg (D6) et du plenarium de Lübeck (D8), probablement dans sa variante de Bâle (D9). Le grand-père du protagoniste s’appelle Marcus comme dans les Gesta Romanorum, mais il est seulement duc, peut-être un compromis entre son rang dans le légendier où il est gentilhomme, dans le plenarium où il est comte et les Gesta Romanorum où il est roi ou empereur. À la fin, Cochem s’en tient au plenarium en faisant de son héros un évêque, comme le titre l’indique : Das wunderbarliche Urtheil Gottes erscheinen am Bischoff Gregorio (Le miraculeux jugement de Dieu, manifesté sur l’évêque Grégoire). La seconde partie du titre, ajoutée après un slash, auff dem Stein genennet (surnommé celui du rocher), renvoie au légendier.
Ce récit fut intégré dans la seconde édition du recueil intitulé Außerlesenes History-Buch (Sélection d’histoires). La première édition parut en trois volumes entre 1687 et 1692 avec un total de 261 histoires (Cochem 1687, I ; 1690, II ; 1692, III). Les deux premiers volumes ont chacun 100 histoires, le troisième 61. Toutes ces histoires relèvent de la littérature religieuse. Le troisième volume est un recueil hagiographique avec 61 vies dont celle de Grégoire le Grand (n° 6). La trilogie qui compte un total de plus de 4000 pages ne comprend pas encore la légende du Bon Pécheur.
La seconde édition parut en deux volumes entre 1692 et 1694. Cochem n'eut sans doute pas le temps de revoir le dernier volume. Le premier volume de 1692 est fortement augmenté et contient 120 histoires dont 40 nouvelles selon l'annonce sur la couverture. Elles sont organisées en partie comme la première édition. Le volume commence par 20 histoires bibliques numérotées de 1 à 20 et se termine par 100 histoires issues d'autres sources et numérotées à part. Les 12 premières histoires non bibliques sont regroupées sous le sous-titre Von den wunderbarlichen Urtheilen GOTTES (À propos des miraculeux jugements de Dieu) et constituent la première des dix parties du volume. Huit des 12 histoires proviennent de la première édition (n° 1-7, 11), les autres sont nouvelles dont celle du Bon Pécheur (n° 9). Les histoires commencent par une courte introduction. Celle du Bon Pécheur évoque « les histoires romaines » (3 : « den Roͤmiſchen Geſchichten ») et la source principale est citée à la fin en latin (1353 : « Ex Geſtis Romanorums cap. 81. »). L'auteur explique dans l'introduction que le protagoniste de cette histoire n'est pas Grégoire le Grand et précise que son grand-père n'était pas roi, mais seulement duc. Cette histoire est précédée par une autre issue du chapitre 59 des Gesta Romanorum (n° 8) et suivie d'un récit sur un homonyme, Saint Grégoire l'Illuminateur († 331), l'évangélisateur de l'Arménie (n° 10). Plus loin, nous trouvons l'histoire de saint Eustache issue du chapitre 110 des Gesta Romanorum (n° 59).
Globalement, l'auteur suit la trame des Gesta Romanorum, mais n'hésite pas à opérer des modifications. Le conseiller du grand-père est changé en officier et ne donne plus de conseil aux futurs parents. C'est la sœur qui se confie à lui et seulement après le départ de son frère pour la Palestine. Le frère y meurt de remords et de pénitence aussitôt après son départ. Sa mort donne lieu à un commentaire où l'auteur souligne que le péché a un effet bénéfique puisqu'il conduit à la pénitence. Il est intéressant de constater que l'inceste est décrit quatre fois par le terme explicite « Blutschande » (68, 87, 918, 920). Nous trouvons aussi sa traduction latine dans le registre final (II, p. [799] : « incestus »). Cochem précise le support du message qui est un parchemin selon lui (254). L'inscription invite à élever l’enfant dans la foi catholique (264). La mère possède visiblement des compétences dans le domaine maritime, car elle prend soin de lester le tonneau avec du plomb pour éviter qu'il chavire (244). L'endroit précis de la mise à l'eau est incertain, car elle ordonne que le tonneau soit déposé dans le Tibre (234), mais l'officier le porte plus tard à la mer (277). Une autre inconséquence apparaît à l'arrivée, car l'abbé pratique lui-même la pêche avec ses moines (284), mais confie l’enfant à des pêcheurs après le baptême (324). Il est appelé prélat au moment de la découverte de l'enfant, mais le protagoniste expliquera plus tard à sa mère qu'il a été élevé par un abbé (861). Après la dispute, son frère de lait l'appelle « frère » sans article dans le sens « moine » (355 : « Bruder Gregorius »), comme s'il s'était déjà engagé dans une vie monacale à ce moment-là. Les changements les plus importants interviennent à la fin du récit. Cochem n'évoque pas de chaînes et supprime par conséquent l'épisode de la redécouverte de la clef. Obstiné, le héros souhaite poursuivre sa pénitence malgré l'insistance des messagers et se fait finalement arracher de force à son rocher (1165).
En 1706, Cochem fit paraître le premier volume pour la troisième fois. La sélection des histoires est peu modifiée par rapport à celle de 1692. La légende du Bon Pécheur recule d'une place après avoir subi une réduction considérable d'environ 6 % (n° 8). Cochem corrigea quelques erreurs typographiques et supprima surtout tous ses propres commentaires. Quand Grégoire découvre le second inceste, il est par exemple comparé au roi David qui demande pardon pour ses fautes de jeunesse dans les Psaumes. Cochem cite ici le texte biblique très librement (Ps 19,12-13 ; 25,7 ; 51,2). Ce commentaire a disparu en 1706. En 1717, un moine de Cologne Renato publia à titre posthume un quatrième volume avec 100 vies de martyrs, 50 hommes et 50 femmes. En incluant ce volume, Cochem est l'auteur d'une tétralogie de plus de 400 récits. Les trois premiers volumes reparurent en quatre parties entre 1732 et 1752 sans grand changement. In fine, seulement le premier volume parut quatre fois dont trois fois avec la légende du Bon Pécheur. Malgré le nombre élevé de rééditions, l’Außerlesenes History-Buch ne connut qu'un succès modeste. Peu d’exemplaires sont conservés. Au total, nous avons seulement localisé un total de neuf exemplaires pour les trois volumes avec le Bon Pécheur (1692, 1706, 1732).
L'adaptation de cette légende par Cochem n'a suscité presque aucune recherche et n’a jamais fait l'objet d'une édition ou traduction moderne. Indirectement, elle enregistra un succès tardif grâce à une adaptation anonyme parue vers 1800 à Cologne dans l’officine de Christian Everaerts (D10-4). Cette réécriture est structurée en 14 chapitres et s’intitule Eine schöne merkwürdige Historie des heiligen Bischofs Gregorii auf dem Stein genannt (Une belle et remarquable histoire sur le saint évêque Grégoire, surnommé du rocher). Comme dans la version de 1692, Marcus est duc, mais son règne est maintenant daté et localisé. Il est en effet duc de Ferrare vers 1120 du temps de l’empereur Otton. Aucun des quatre empereurs ainsi nommés ne régna à cette époque. En 1839, Karl Simrock édita une nouvelle version de la légende sous le même titre que l’édition de Cologne, mais relocalisa le duché du grand-père en Aquitaine et replongea le prince dans l’anonymat (D11). Cette version s’inspire en fait avant tout du Gregorius de Hartmann. Elle est illustrée de 11 magnifiques gravures de Friedrich Wilhelm Gubitz (1786-1870). Simrock édita la légende une seconde fois en 1865 dans un recueil de cinq récits qu’il disait, selon la couverture, avoir « recueillis et rétablis dans leur authenticité première » (« gesammelt und in ihrer ursprünglichen Echtheit wiederhergestellt »). Cette version est en réalité une fidèle transcription de l’édition de Cologne, mais sans division en chapitres et sans illustrations (D10-5). La prose de Cochem fut donc lue assidument au cours du XIXe siècle.