F4 : De l’admirable dispense de Dieu et naisçance de Grégoire pape de Romme

Présentation

Édition : Peter Andersen

Collaboration : Marie-Sophie Winter (relecture de la traduction)

Description succincte

  • Témoins : 4 éditions anciennes (1521-1529/1533)
  • Sigles : F4-1 à F4-4
  • Longueur totale des témoins : 44 pages
  • Témoin publié et transcrit : F4-1
  • Longueur du témoin transcrit : 302 lignes et 4967 mots (F4-1)
  • Référence numérique : lignes de F4-1
  • Auteur : anonyme, peut-être Pierre Gringore
  • Lieu : Paris
  • Date : 1521
  • Source : L6, peut-être L6-39

Facsimilés

  • F4-1 (Paris, Jean de La Garde, 1521 ; Paris BnF, FOL-H-920, fol. 53v-57v)
  • F4-2 (Paris, Philippe Le Noir, 1525 ; Séville, 1-2-7, fol. 69v-74v)
  • F4-3 (Paris, Denis Janot, 15.09.1529 ; Paris BnF, RES-Z-941, fol. 69v-74v, en noir et blanc)
  • F4-4 (Paris, Philippe Le Noir, [1533] ; Paris BM, 8° 35940 [Res], fol. 69v-74v)

F4-1-53v (1521) Paris BnF (détail)

Violier, 1521, fol. 53v
Paris BnF, FOL-H-920


La première et à ce jour seule traduction française des Gesta Romanorum fut publiée en 1521 à Paris par Jean de la Garde sous le titre Le violier des histoires Rommaines moraliseez sur les nobles gestes, faicts vertueulx et anciennes Croniques des Rommains fort recreatif et moral nouuellement translate De latin en Francois. Le violier est au sens propre « un bouquet de violettes et, par extension, n’importe quel autre bouquet » (Hope 2002, p. xix). Le titre présente donc le recueil comme un florilège d’histoires latines traduites en français. Il contient 150 récits sélectionnés parmi les 181 chapitres de la Vulgate (L6-3). Celui avec le Bon Pécheur en est le 79e. Il s’agit d’une traduction relativement fidèle du modèle latin sans en être une transposition servile. Le traducteur anonyme appelle le protagoniste Grégoire et n’a de toute évidence pas eu recours à d’autres sources qu’une édition latine des Gesta Romanorum. La Vulgate avait été publiée 15 fois en France avant la date du privilège accordé par François Ier le 6 novembre 1520 et scellé le 13 du même mois (fol. a 1v) : à Paris en 1499 (L6-20), 1503 (L6-21), 1506 (L6-22), 1508 (L6-25), 1509 (L6-26, L6-27), 1510 (L6-28), 1511 (L6-29), 1513 (L6-31), 1514 (L6-32, L6-33), 1515 (L6-34), 1517 (L6-37), 1518 (L6-39) et à Lyon une fois sans date vers 1519 (L6-40). La seule de ces éditions latines à être pourvue de notes marginales comme la traduction française est celle de Lyon mais les notes divergent. L’édition exacte utilisée par le traducteur est donc inconnue. Il s’agit probablement de l’une des plus récentes, peut-être L6-39.

Le Violier de Jean de la Garde est un in-folio de 112 feuillets numérotés sauf les quatre premiers avec le titre, le privilège et le registre. Le feuillet « i » contient un « Prologue » qui est en fait une dédicace non datée à Louise de Savoie, la mère de François Ier. Les 150 histoires couvrent les 107 feuillets suivants mais la foliotation s’arrête à « c.vi », car le dernier feuillet n’est pas numéroté et le numéro « xcvii » est compté deux fois. Le colophon de la dernière page (fol. [107]r) précise que l’ouvrage fut achevé à Paris le 6 avril 1521. 49 des 150 histoires sont illustrées par une gravure. L’imprimeur ne se servait que de 33 bois différents, car 16 gravures sont des répétitions. L’histoire du Bon Pécheur n’est pas illustrée.

Les bois proviennent en grande partie d’un best-seller de Pierre Gringore, Les fantaisies de mère Sotte, imprimé dix fois entre 1516 et 1551. Ils ne sont pas empruntés à l’édition princeps publiée sans indication de lieu, d’imprimeur ou date, probablement en 1516 à Paris par Gilles Cousteau. Le privilège du roi fut octroyé le 27 octobre 1516. La réédition publiée vers 1518 par Jehan Petit contient des imitations et ce sont celles-ci qui furent reprises en partie en 1521 par Jean de la Garde, mais aussi en 1529 dans la troisième édition par Denis Janot, par exemple celles montrant la chute d’un homme et une scène portuaire :

  • Chute d’un homme

Mère Sotte-36r (1516) Paris BnF

Mère Sotte, 1516, fol. 36r
Paris BnF, VELINS-2246

Mère Sotte-e8r (1518) Paris BnF

Mère Sotte, 1518, fol. e 8r
Paris BnF, Rés. Ye-291

F4-1-06r (1521) Paris BnF

Violier, 1521, fol. 6r
Paris BnF, FOL-H-920

F4-3-04r (1529) Paris BnF

Violier, 1529, fol. 4r
Paris BnF, Rés. Z-941

  • Scène portuaire

Mère Sotte-38v (1516) Paris BnF

Mère Sotte, 1516, fol. 38v
Paris BnF, VELINS-2246

Mère Sotte-f2v (1518) Paris BnF

Mère Sotte, 1518, fol. f 2v
Paris BnF, Rés. Ye-291

F4-1-05r (1521) Paris BnF

Violier, 1521, fol. 5r
Paris BnF, FOL-H-920

F4-3-05r (1529) Paris BnF

Violier, 1529, fol. 5r
Paris BnF, Rés. Z-941

Les Fantasies de mère Sotte sont une adaptation libre des Gesta Romanorum, mais Gringore ne cite pas sa source. L’intérêt avéré de ce poète pour le recueil latin et la reprise des bois par l’éditeur du Violier amena en 1807 Francis Douce à se demander si Gringore ne serait pas le traducteur anonyme des Gesta Romanorum (p. 360). Étonnamment, aucun des deux éditeurs modernes du Violier ne discute cette thèse. Il en est de même pour Charles Oulmont, auteur d’une volumineuse biographie sur Gringore. Il y affirme seulement que « Gringore se complaisait dans les collections célèbres du moyen âge, telles que les ‘Gesta Romanorum’ » (1911, p. 71). Gringore était actif comme auteur et dramaturge à Paris jusqu’en 1518, puis s’installa en Lorraine où il mourut en 1539. S’il adapta anonymement les Gesta Romanorum en français pour Jean de la Garde, il a dû achever ce travail avant son départ de la capitale. L’éditeur n’évoque pas le traducteur dans sa dédicace, mais le privilège du roi précise que l’éditeur « auoit fait trāſlater par hōme expert 7 littere les geſtes rōmaines moraliſeez » (fol. a 1v). Gringore qui maîtrisait le latin correspond à ce portrait sommaire. La thèse de Douce mérite donc réflexion.

Le Violier fut réédité trois fois à Paris, notamment en 1525 par Philippe Le Noir et en 1529 par Denis Janot qui emprunta ses bois à Jean de la Garde. On constate nettement leur usure dans cette édition. L’édition de Philippe Le Noir n’est pas disponible en ligne et n’a pas encore pu être consultée hormis le chapitre 81 fourni sous forme de numérisations par la Biblioteca capitular y Colombina de Séville. La quatrième et sans doute dernière édition fut également publiée par Philippe Le Noir, mais sans date. Les deux éditeurs modernes la considèrent comme une simple variante de l’édition de 1525 et semblent la dater de cette même année. Dans son inventaire manuscrit édité à titre posthume par Brigitte Moreau, Philippe Renouard (1862-1934) proposa de la dater de 1533.

Le Violier a été réédité deux fois à l’époque moderne, en 1858 par Pierre Gustave Brunet et en 2002 par Geoffrey Hope. Brunet ne précise pas à quelle édition il eut recours. Il s’agit de l’édition de 1529. Il y manque notamment un chapitre (Hope 146 = Oesterley 178), également absent de l’édition de 1525. Le relevé des leçons divergeantes fait clairement apparaître que c’est bien sur l’édition de 1529 que Brunet s’est appuyé. Hope édita l’ensemble du texte d’après l’édition princeps où il manque la fin du chapitre 118 et le début du chapitre suivant. La lacune correspond dans l’édition d’Oesterley à 303 lignes entre la fin du chapitre 141 et le début du chapitre 145 (1872, p. 496-504). Si l’intégralité de cette section avait été traduite, la lacune correspondrait à environ 8 pages. Plusieurs feuillets manuscrits ont donc sans doute été omis par négligence lors de l’editio princeps qui fusionne les deux chapitres sans transition. Dans la phrase « le cheualier confuz / lequel ignorait » (fol. 81r), le pronom relatif « lequel » se rapportait initialement à un autre personnage que le chevalier confus. À en juger d’après les deux exemplaires en ligne représentant les deux dernières éditions, personne ne remarqua l’incohérence qui saute pourtant aux yeux. Avant la lacune, un chevalier parle avec sa femme, après Socrate avec un roi. De plus, l’allégorèse ne correspond nullement à la narration. Hope se rendit compte de l’erreur, inséra la fin et le début manquants des deux chapites incomplets d’après l’édition d’Oesterley, signala en notes que ces passages latins manquaient dans l’édition de Brunet et s’amusa à traduire le début du second chapitre en français, sans expliquer comment Brunet avait été en mesure de raconter la fin du premier chapitre. En fait, Brunet procéda probablement de la même manière que Hope, mais plus discrètement. Constatant que son exemplaire de 1529 était incohérent, il remplaça la fin du chapitre 141 par sa propre prose en traduisant l’édition d’Oesterley dans un français archaïsant. Selon toute vraisemblance, les 30 dernières lignes du chapitre 118 de Brunet ne datent pas du règne de François Ier, mais du Second Empire (1858, p. 314-315). Cette probable imposture explique peut-être l’absence de référence à une édition précise.