L3 : Gregorius peccator

Présentation

Édition : Peter Andersen & Ingrid Brenez

Description succincte

  • Témoins : 2 manuscrits
  • Sigles : L3-1 et L3-2
  • Longueur totale des témoins : 41 pages
  • Témoins publiés et transcrits : L3-1 complété de L3-2
  • Longueur des témoins publiés : 457 vers et 3048 mots
  • Référence numérique : vers de l'édition de Thomas Klein (2012)
  • Auteur : anonyme
  • Lieu : Sud de l'Allemagne
  • Date : 1300/1380
  • Source : D1

Facsimilés

  • L3-1 (c. 1370 ; Munich BSB, Clm 4413, fol. 42v–52r, autre sigle M)
  • L3-2 (c. 1380 ; Darmstadt, Hs. 2780, fol. 229v-238v, autre sigle D)

L3-2-229v (c. 1380) Darmstadt détail

Gregorius peccator, L3-2, vers 1380, fol. 229v
Darmstadt, Hs. 2780


La troisième ou peut-être seulement quatrième version latine de la légende du Bon Pécheur est un poème en hexamètres conservé dans deux manuscrits à peu près contemporains. Celui de Munich (L3-1, autre sigle M) date du dernier quart du XIVe siècle d’après les gloses allemandes, d’environ 1370 d’après les filigranes attestés entre 1362 et 1369. Celui de Darmstadt (L3-2, autre sigle D) fut achevé le 14 août 1380 par un copiste qui se nomme Conrad Hänschel et qui est par ailleurs inconnu. Ce sont deux recueils de textes latins en vers, tous relativement courts et destinés à un usage scolaire. Nous y trouvons notamment des fables et des proverbes propices à l’apprentissage du latin par des débutants. Le recueil de Darmstadt se compose de deux volumes et comprend 27 textes dont un deux fois (nº 5 = nº 23) et un registre. Celui de Munich a 14 textes et en partage 11 avec l’autre recueil. Dans le récit sur le Bon Pécheur, M et D contiennent de nombreuses erreurs communes démontrant que ces deux témoins remontent à un archétype commun qui étaient probablement aussi un manuel scolaire. Certains autres textes sont pourvus de gloses latines et allemandes, toutefois pas le récit sur le Bon Pécheur. D’après les gloses, les deux recueils proviennent du sud-ouest de l’Allemagne, du Rhin supérieur ou de la Souabe.

Le texte sur le Bon Pécheur a 453 hexamètres dans M, 456 dans D et 457 dans l’édition de référence établie en 2012 par Thomas Klein. Le récit est précédé d’un prologue de 17 vers avec l’acrostiche « GREGORIVS PECCATOR » (Grégoire le pécheur) en guise de titre. L’auteur anonyme y adresse une prière au Tout-Puissant afin qu’il lui accorde l’inspiration de composer un « miroir aux pécheurs » (9 : « speculum peccantibus »). Le récit lui-même n’est pas localisé dans un espace précis hormis la fin qui se déroule à Rome. Le grand-père du protagoniste règne comme roi dans un pays sans nom et l’agresseur de sa fille est un duc sans duché nommé. Le récit suit la trame générale de la légende avec quelques permutations : la mère du protagoniste est courtisée avant même le premier inceste, son frère est un prétendant parmi tant d’autres, mais le seul à parvenir à ses fins ; l’incident de jeu du héros avec son frère de lait est avancé et a lieu avant l’instruction. Son âge n’est précisé dans aucun des deux cas. L’agression de sa mère n’est évoquée que lorsque le héros revient dans son pays natal. La découverte de la clef est également retardée. Cet épisode a lieu au moment où le pénitent quitte son rocher. Son séjour y est réduit à 14 ans sans raison apparente. C’est la seule durée du récit.

Dès la découverte du texte par Johann Andreas Schmeller qui en publia l’édition princeps en 1842, on le soupçonnait issu du Gregorius de Hartmann, mais ce n’est qu’en 2006 que Sylvia Kohushölter en apporta la preuve en s’appuyant en premier lieu sur le trésor déposé avec le nouveau-né, vingt marcs d’or dont trois seront donnés au pécheur pour l’éducation de l’enfant. C’est un motif distinctif du texte de Hartmann. Quelques motifs isolés suggèrent une influence sporadique des Gesta Romanorum, par exemple le fait que le grand-père soit roi dans un pays sans nom et non duc d’Aquitaine et la circonstance que l’enfant soit découvert lors d’une pêche organisée dans un but précis. Dans le Gregorius peccator, il est trouvé pendant un jour férié (L3 111 : « Festa dies »), dans les Gesta Romanorum un vendredi (L4 94 : « Feria sexta »).

Il est en tout cas avéré que le récit fut composé entre la fin du XIIe siècle et 1380, très certainement dans le sud-ouest du Saint-Empire où le texte de Hartmann était largement diffusé durant cette période. D’après une analyse des autres textes des recueils de Munich et Darmstadt, Kohushölter estime que le Gregorius peccator fut composé plutôt au début du XIVe siècle (2006, p. 105) et qu’il était destiné à un public scolaire déjà bien avancé, des élèves âgés de dix à quinze ans (ibid., p. 102). Dans le recueil de Darmstadt, il fait partie du second volume qui comprend des textes plus complexes que le premier volume qui contient plutôt des textes pour débutants. L’une des caractéristiques du Gregorius peccator est l’abondance de références savantes tant à la Bible et à la littérature religieuse qu’aux textes profanes. Nous y trouvons des emprunts aux Métamorphoses d’Ovide, mais aussi à une série d’autres auteurs antiques et médiévaux que Thomas Klein a recensés dans son savant commentaire : l’Énéide de Virgile, les Pontiques d’Ovide, la Thébaïde de Stace, les Carmina de Venance Fortunat, ceux d’Alcuin, le De Triumphis Christi de Flodoard de Reims, les Gesta sancti Quirini de Metellus, l’Anticlaudianus d’Alain de Lille, le Ligurinus de Gunther, l’Alexandreis de Gautier de Châtillon et le Troilus d’Albert de Stade. Le Gregorius peccator recèle tant de réminiscences de ces œuvres et de bien d’autres que le texte constitue une véritable mosaïque de références susceptibles d’alimenter de commentaires érudits un cours de littérature latine. Il contient notamment un catalogue d’incestes littéraires dont celui d’Œdipe. Cet inceste n’est cité explicitement par aucun des autres auteurs du corpus.

Formellement, les deux témoins sont des copies très semblables. Les vers sont détachés et commencent par des majuscules. Ceux de M se terminent également par des majuscules alignées à droite. Les deux copies présentent la même lacune de quelques vers après 341, peut-être une autre après 257. Le nombre initial de vers devait être d’environ 460 contre 4006 dans le modèle allemand, soit une réduction à 11 % du volume initial en termes de vers ou une réduction à 15 % du nombre initial de mots. Le Gregorius peccator a 3048 mots contre environ 20000 dans le poème de Hartmann. Les ajouts sont pourtant nombreux dans la transposition de la légende en hexamètres. Le Gregorius peccator a été édité trois fois, en 1842 par Johann Andreas Schmeller d’après le seul manuscrit de Munich, en 2006 par Sylvia Kobushölter d’après le même manuscrit comme référence, mais avec un abondant appareil comprenant les leçons du manuscrit de Darmstadt, et enfin en 2012 par Thomas Klein qui opta pour une édition critique sans manuscrit de référence. Il corrigea toute leçon suspecte et toute orthographe hétérodoxe afin d’établir un texte régularisé sans distinction des lettres i, j, u et v. Avec son autorisation, nous avons reproduit son édition critique et prévoyons de publier parallèlement une transcription diplomatique du manuscrit de Munich, complété des quatre vers supplémentaires du manuscrit de Darmstadt.