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où le général des Anglais, Cornwallis[146], s’était fixé avec 12 000 hommes et où il faisait régner la terreur ; il s’était si bien retranché dans une petite ville appelée Klein-Yorck[147] qu’il en coûta beaucoup pour l’en déloger, c’est d’ailleurs pour cela que nous devions venir en aide aux Américains, dont l’armée nous attendait avec grande impatience.

allwo sich der General Kornwallis von den Engel-länder festgesetzt hatte mit 12 000 Mann und sehr schlimm alda haussete in einem kleinen Städtgen mit Namens Klein-Yorck schantzte er sich der-maßen so vest ein daß es grosse Mühe gekostet ihn wiedrum von dannen zu vertreiben mit diesem Beding aber mußten wir alda hin um Hilff zu leisten, allwo die Americaner schon mit ihrer Armée auf uns wardeten mit grossem Verlangen.

Le 5, nous défilions à Philadelphie et traversâmes, derrière la ville, le fleuve Schuylkill, qui connaît un trafic intense et qui a le pont le plus remarquable de cette région. En chemin nous passâmes par une jolie petite ville, dans une belle plaine ; cette ville, appelée Darby, n’est habitée que par des Allemands. Mais nous poussâmes jusqu’à Chester, une autre ville allemande, dans la plaine, dans une belle contrée.

Den 5ten passierten wir die Stadt Piladelfia und hinder der Stadt den Fluß Schwil-Kiel ein schiffreiches Wasser mit einer schönen Brücke versehen welche sehr merckwürdig ist in selbiger Gegend. Unter-wegs traffen wir ein schönes kleines Städtgen an in einer schönen ebenen Gegend mit Namens Tarly welches mit lauder Deutschen bewohnt ist. Wir gin-gen aber noch biß auf Sheßter auch ein deutsches Ort auf der Ebenen in einer angenehmen Gegend.

Ces 2 provinces, Pennsylvanie et Maryland, encore appelée Mary-Engelländ, sont essentiellement peuplées d’Allemands, et en ce qui concerne la variété des cultures céréalières et maraîchères, tout y est aménagé comme en Europe[148].

Diese 2 Profinzen Phinsilfania und Mary-Land oder sonsten auch Mary-Engelländ genandt seynd mehrsten-theils mit Deutschen bewohnt und alles überhaubt eingerichtet als wie in Europa mit allerley Früchten und Gärdnerey etc.

Vient à présent la ville de Philadelphie que l’on peut voir sur la page suivante[149], tout comme le port maritime etc.

Folget nun jetzt die Stadt Philadelphia welche auf der andern Seite zu sehen ist wie auch der Meer-Haffen und dergleichen etc.

https://gallica.bnf.fr/iiif/ark:/12148/btv1b10110846m/f35/pct:50,0,100,100/,700/0/native.jpg

Strasbourg, Médiathèque André Malraux, ms f 15, p. 69.

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 Notes

146. Charles Cornwallis, premier marquis de Cornwallis est né le 31 décembre 1738. Fils d’une famille aristocratique dotée de puissants réseaux, Charles est éduqué à Eton et à Cambridge. Il entre dans l’armée en 1757 comme enseigne, participe à la bataille de Minden (où le père de Lafayette est tué). En 1761, il est lieutenant-colonel et a l’occasion de faire ses preuves sur les champs de batailles d’Allemagne pendant la guerre de Sept-Ans. Il entre à la Chambre des communes en 1762, puis est promu colonel en 1766. Au début des hostilités en Amérique du Nord, Cornwallis est nommé lieutenant-général, et participe à la grande majorité des combats terrestres, il dirige les forces britanniques opposées à Washington à partir de la bataille de Trenton, alternant succès et revers. Il est de fait second dans la pyramide hiérarchique anglaise en Amérique du Nord, derrière Clinton. À la guerre, Cornwallis est connu pour sa propension à l’agressivité. À partir de 1779 il commande les troupes britanniques dans les colonies du sud, prend Charleston, mais est cependant forcé à battre en retraite vers le nord, où il a pour ordre d’établir une base au bord de la Chesapeake qui puisse accueillir une flotte. Cornwallis choisit la petite ville de Yorktown. Voir Greene (Jerome A.), Guns of Independance, The siege of Yorktown, Savas Beatie, New York, 2005, p. 25.
147.Klein-York, Lettel-York, ou York, sont les trois noms utilisés indistinctement par Flohr pour désigner la ville de Yorktown.
148. Le lien entre les céréales panifiables (le blé, qui apparaît au feuillet suivant) et une façon de se nourrir à l’européenne apparaît à plusieurs reprises dans le manuscrit de Flohr. Cette alimentation contraste avec le maïs et la pomme de terre dont on fait outre-Atlantique des galettes ou des bouillies. Le pain conserve sa suprématie dans l’alimentation européenne, même les cultigènes mésoaméricains sont de plus en plus répandus, y compris en Europe.
149. Les illustrations suivent de près la description littéraire des lieux rencontrés dans le récit (à défaut de l’avoir été tous par l’auteur). Elle ne sont cependant pas toutes annoncées dans le texte comme c’est le cas ici. Flohr donne une représentation imagée des lieux, bâtiments qu’il décrit sans pour autant se référer précisément dans le texte à ces mêmes éléments illustrés. De ce fait, les illustrations apparaissent complémentaires de la description, bien qu’elles puissent parfois se substituer à des explication écrites. Dans le manuscrit, l’image complète le texte, tout en apportant un autre point de vue qui n’est pas régi par la fidélité aux choses vues mais caractérise les aspirations initiales de Flohr.