CA : Gregori

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Présentation

Édition : Peter Andersen & Aina Juan

Description succincte

  • Témoins : au moins une dizaine d'éditions (1913-2017, liste non exhaustive)
  • Sigles : CA-1 et CA-2 (seulement les deux premières éditions dotées d'un sigle selon la chronologie relative)
  • Longueur totale des témoins : environ 200 pages, 32 pages dans les trois éditions consultées ou disponibles
  • Témoin publié et transcrit : CA-1
  • Longueur du témoin publié : 840 lignes et 5408 mots
  • Référence numérique : lignes du témoin transcrit (CA-1)
  • Auteur : Antoni Maria Alcover sous le pseudonyme Jordi des Recó
  • Lieu : Palme de Majorque
  • Date : 1913 ou peu avant
  • Source : D13 et I2, probablement aussi F1

Facsimilés

  • CA-1 (Manacor, 08-22/11/1913 ; Palme de Majorque, Biblioteca Pública del Estado, Hemeroteca 25/2, nº 377, p. 3b-4a ; nº 378, p. 2c-3c ; nº 379, p. 2c-3c)
  • CA-2 (Ciutat de Mallorca, Alcover, 1926 ; Berkeley, Northern Regional Library Facility, 787m.A355 1913/9, p. 41-56)

CA-1-377/3b (1913) Palme de Majorque (détail)

Gregori Papa, CA-1, 1913, nº 377, p. 3b
Palme de Majorque, Biblioteca Pública del Estado, Hemeroteca 25/2


L'unique version catalane de la légende du Bon Pécheur est un court récit en prose publié deux fois par Antoni Maria Alcover Sureda (1862-1932), d’abord en 1913 en trois parties sous la forme d'un feuilleton dans l’hebdomadaire majorquin La Aurora, puis en 1926 dans une version légèrement remaniée dans le volume IX de sa série Aplec de Rondaies Mallorquines (Recueil de contes majorquins), dans les deux cas sous le pseudonyme Jordis des Réco (ou Raco).

Né à Majorque, Alcover était très attaché à la langue et à la littérature de son île. Après avoir étudié au séminaire, il découvrit une vocation littéraire et choisit rapidement le catalan comme langue d’expression. À partir de 1880, il commença à éditer des contes catalans, d'abord séparément dans des revues, notamment La Aurora dont il sera le rédacteur en chef à partir de 1911. En 1886, il fut ordonné prêtre, devint vicaire de la paroisse de Manacor, puis obtint en 1888 la chaire d’histoire ecclésiastique au séminaire. En 1905, il fut promu vicaire général et chanoine de Majorque. À partir de 1896, il avait commencé à réunir ses contes dans des volumes sous le titre Aplec de Rondaies Mallorquines. Il publia lui-même 13 volumes avant sa mort en 1932. Son collaborateur Francesc de Borja Moll les illustra souvent et fit paraître d’autres volumes à titre posthume. Le nombre des contes de cette série dépasse 400. L’œuvre principale d’Alcover est son Diccionari català-valencià-balear, un dictionnaire dialectal paru en 10 volumes entre 1930 et 1962, souvent réédité et disponible en ligne depuis 2002. Comme le recueil de contes, ce dictionnaire fut complété par Francesc de Borja Moll.

Le but d’Alcover était de consigner les contes majorquins pour les sauver de l’oubli. Il était animé par un fort patriotisme, se souciait peu de la rigueur scientifique et déclara : « No me poria resignar a veure desaparèixer unes contarelles que, rebudes dins els bressols del poble enamorat d’elles, foren ses xalestes y dolces companyones per espay de tants de sigles. » (Alcover 1931, p. 111) (Je ne pouvais pas me résoudre à voir comment ces contes populaires avaient disparu alors qu’ils avaient été recueillis depuis le berceau d’un village qui les aimait et avaient été des compagnons joyeux et doux pendant tant de siècles.). Dans son recueil, Alcover voulait seulement inclure des récits racontés oralement et avait une préférence pour les conteurs illettrés. Tout en consignant les contes, il tenait parallèlement des cahiers avec des informations complémentaires. Ses notes lui permettaient de rédiger les versions finales qu’il publiait.

Son adaptation de la légende du Bon Pécheur s’intitule Gregori Papa et suit dans les grandes lignes la trame de la légende traditionnelle. Le grand-père du protagoniste est comte dans un pays non défini. Ce rang suggère une influence de la Vie de saint Grégoire qu’Alcover pouvait connaître grâce à l’édition de 1857 par Victor Luzarche. Le texte catalan insiste beaucoup sur la moquerie que Gregori subit à l’école où ses camarades le traitent de bâtard. Le transfert de ce motif de la mère adoptive à l’école est attesté pour la première fois dans la version allemande publiée en 1870 d’après un conte sicilien perdu (D13 32). Ce conte sicilien se caractérise aussi par la désignation du pénitent comme pape par une colombe, motif qu’on retrouve dans la version catalane. Une autre similitude entre ces deux versions est la présence du frère dans la scène finale à Rome à côté de sa sœur. Alcover semble ainsi avoir puisé à plusieurs sources éditées dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dans une note, il affirme lui-même avoir recueilli le texte de la bouche de sa sœur Francina Aina sur laquelle aucune donnée biographique ne semble disponible. Elle lui raconta aussi d’autres histoires. Si cette Majorquine inconnue était instruite, elle pouvait consulter les mêmes sources écrites que son frère. Il est donc possible qu’il faille en fait lui attribuer la version catalane de la légende du Bon Pécheur.