D7 : Van sunte Gregorio up deme steene

Présentation

Édition : Peter Andersen

Description succincte

  • Témoins : 8 éditions
  • Sigles : D7-1 à D7-8
  • Longueur totale des témoins : 70 pages
  • Témoin publié et transcrit : D7-1
  • Longueur du témoin publié : 705 lignes et 5264 mots (D7-1)
  • Référence numérique : lignes de l’édition princeps (D7-1)
  • Auteur : anonyme, peut-être Lucas Brandis
  • Lieu : Lübeck
  • Date : 1478/1480
  • Source : D6-3

Facsimilés

  • D7-1 ([Lübeck, Lucas Brandis, 1478/1480] ; Munich, Bayerische Staatsbibliothek, 2 Inc.s.a. 780, fol. 261rb-264vb, autre sigle d6)
  • D7-2 ([Magdeburg, Simon Koch], 07/03/1487 ; Berlin SB, 4° Inc 1494.3, fol. 90va-94va, autre sigle d15)
  • D7-3 (Lübeck, Steffen Arndes, 23/06/1488 ; Copenhague, Inc. Haun. 2214, fol. 103ra-108ra, autre sigle d17)
  • D7-4 (Lübeck, Steffen Arndes, 19/11/1492 ; Berlin SB, 4° Inc 1484, fol. 280va-284rb, autre sigle d21)
  • D7-5 (Lübeck, Steffen Arndes, 23/04/1499 ; Halle ULB, Ink B 168, fol. 293vb-297ra, autre sigle d26)
  • D7-6 (Lübeck, Steffen Arndes, 14/08/1507 ; Munich BSB, Rar. 2222, fol. II, 81ra-84vb, autre sigle d30)
  • D7-7 (Bâle, Adam Petri, 1511 ; Bâle, Ai I 55, fol. 90va-94vb, autre sigle d30)
  • D7-8 (Bâle, Adam Petri, 1517 ; Bâle, fa 191, fol. 90va-94vb, autre sigle d38)

D7-1-261rb (c. 1478) Munich BSB (détail)

Van sunte Gregorio up deme steene, D7-1, 1478/1480, fol. 261rb
Munich BSB, 2 Inc.s.a. 780


La huitième version allemande de la légende du Bon Pécheur fait partie d’une version septentrionale du légendier Der Heiligen Leben, parue en bas-allemand vers 1478 à Lübeck dans l’officine de Lucas Brandis. Cette version est issue de la troisième édition de la version en haut-allemand du même légendier, parue en 1475 à Nuremberg dans l’officine de Hans Sensenschmidt (D6-3). Cet éditeur vendit ses bois gravés à Brandis puisque nous retrouvons les mêmes xylographies à Lübeck et à Nuremberg. C’est un exemple instructif de la vive circulation des bois gravés au début de l’imprimerie.

Bien que légèrement plus courte, la version imprimée à Lübeck est très proche de son modèle et par conséquent aussi de la tradition manuscrite (D3). Si nous optons pour une classification en trois versions distinctes, c’est essentiellement dû à la différence de langue et de support entre les témoins, 42 manuscrits vraisemblablement tous du XVe siècle et 37 éditions imprimées entre 1471 et 1521, soit presque une édition par an en moyenne. Tous les manuscrits sont en haut-allemand et deux d’entre eux sont copiés d’après une version imprimée (D6-30 et D6-31).

La version en bas-allemand n’est connue que grâce à des éditions. Au nombre de huit, elles parurent sur une période d’environ quatre décennies. La seconde édition fut publiée en 1487 à Magdebourg avec de nouvelles illustrations, mais sans modifications textuelles notables. Il en est de même pour la troisième édition parue en 1488 à Lübeck dans l’officine de Steffen Arndes, un voisin et concurrent de Lucas Brandis. Arndes et Brandis éditèrent aussi tous deux la version alternative présentée dans le plenarium où le protagoniste finit seulement évêque. Arndes l’édita quatre fois entre 1493 et 1509 (D8-3, D8-4, D8-7, D8-8), Brandis seulement une fois en 1497 (D8-5). Dans le cas du plenarium, Brandis s’appuya sur une édition d’Arndes, dans le cas du légendier ce fut l’inverse.

Entre 1488 et 1492, Arndes eut connaissance d’une troisième version de la légende, celle des Gesta Romanorum, car celle-ci influença la réédition du légendier qu’il publia en 1492. À la fin du récit sur le Bon Pécheur, Arndes fait expressément allusion à ce recueil et mentionne son titre latin : « ⸿ Hijr is to wetende dat etlike wille̅ dat dyſſe hyſtorie van Gregorio verne va̅ der warde ſy. vn̅ nicht ware ſy. wo wol dat me de hyſtorie beſcreuen vynt in dem boke Geſta romanoru̅ genomet. dar ok wol meer ſteit dat der warde nicht ghelijk is. » (D7-4, fol. 284rb) (Ici, il convient de savoir que certains prétendent que cette histoire sur Grégoire est loin de la vérité et n’est pas véridique bien que l’on la trouve décrite dans le livre appelé Gesta Romanorum. Celui-ci contient bien d’autres histoires invraisemblables.) Arndes répond ici à une critique remettant en cause cette légende. Pour contrecarrer cette critique, il aligne son récit sur la version latine en modifiant les premières lignes. La nouvelle version précise que le grand-père du protagoniste est roi et s’appelle Marcus. La version latine imprimée à partir de 1472 laisse planer le doute sur le rang de ce prince, l’appelant tantôt rex tantôt imperator (L6-1). La version néerlandaise imprimée à partir de 1488 (NL-1) était peut-être connue à Lübeck, mais n’a pu servir de référence pour cet ajout puisqu’elle uniformise le rang du prince au profit de celui d’un empereur. Hormis l’ajout dans les premières lignes et la référence finale aux Gesta Romanorum, le récit sur le Bon Pécheur est globalement inchangé dans la quatrième édition du légendier en bas-allemand. Arndes n'a effectué que quelques retouches superficielles. Il publia aussi la cinquième et la sixième édition, en 1499 et 1507 (D8-5 et D8-6), sans procéder à de nouvelles modifications.

La diffusion du légendier s’arrêta ensuite dans le nord de l’Allemagne, dix ans avant la Réforme et le rejet du culte des saints qu’elle entraîna. Il est intéressant de constater que le légendier de Lübeck connut encore deux rééditions en bas-allemand à Bâle. Elles parurent en 1511 et en 1517 dans l’officine d’Adam Petri (D7-7 et D7-8). C’est également cet imprimeur qui importa le plenarium dans le Sud, en le réimprimant en bas-allemand en 1513 et 1517 d’après l’une des éditions d’Arndes (D8-9 et D8-10), mais aussi en le faisant traduire en haut-allemand et en l’éditant quatre fois dans cette variante entre 1514 et 1521. Il ne fit pas traduire le légendier en haut-allemand car celui-ci était déjà largement diffusé dans le Sud dans le dialecte local. Il ne modifia pas non plus le récit sur le Bon Pécheur, mais l’illustra autrement. Il se servit à cette fin des magnifiques gravures produites en 1502 à Strasbourg pour Johann Grüninger (D6-21) et réutilisées en 1510 (D6-23) et en 1513 (D6-25) dans la capitale alsacienne par ce même éditeur. Comme Adam Petri s’en servit à Bâle en 1511 et en 1517, les bois gravés firent le voyage entre les deux villes rhénanes quatre fois en sept ans.

La recherche a relevé quelques divergences entre les différentes versions du récit sur le Bon Pécheur. Le nombre et le choix des saints évolue également entre l’édition princeps d'Augsbourg (D6-1) et celle de Lübeck (D7-1), avec quelques ajouts. Arndes a par exemple doté sa version d’un appendice non illustré. La recherche a enfin spéculé sur la position religieuse de l’auteur anonyme de l’édition princeps et de l’identité du remanieur de la version de 1492, sans parvenir à un consensus. Sylvia Kohushölter qui commente les hypothèses émises, notamment sur la possible appartenance du remanieur à l’ordre des Franciscains, tire la conclusion que la position de cette personne sur l’Immaculée Conception est incohérente et tend à penser que le légendier était plus destiné à divertir son public qu’à l’édifier. Le remanieur qui ne semble pas s’engager dans le débat théologique pourrait être Arndes lui-même selon Kohushölter (2008, p. 184). Si cet éditeur est responsable des modifications intervenues en 1492, Lucas Brandis, qui publia l’édition princeps, pourrait être identique à l’auteur anonyme qui transposa vers 1478 le texte de Nuremberg en bas-allemand, en l’abrégeant très légèrement.

La version de Lübeck du récit sur le Bon Pécheur gagna la Scandinavie et servit entre 1515 et 1524 de modèle à une adaptation suédoise réalisée par la brigittine Christine Elavsdoter à Vadstena entre 1515 et 1524 (S).