R8 : Повесть еже о Григории Декаполите Палестинском

Présentation

Édition : Antoine Nivière Collaboration : Peter Andersen

Description succincte

  • Témoins : 1 manuscrit
  • Sigles : R8
  • Longueur totale des témoins : 34 pages
  • Témoin transcrit : R8 (numérisations non publiées en raison du copyright)
  • Longueur des témoins : 600 lignes et 3810 mots (R8)
  • Référence numérique : lignes du témoin transcrit R8
  • Auteurs : anonyme
  • Lieux : Russie
  • Dates : vers 1800, avant 1820
  • Dates de transcription : 1790-1820
  • Source : R1 ou R2 ou les deux, probablement par l'intermédiaire de R4

Facsimilés

  • R8 (1800/1820 ; Saint-Pétersbourg IRL, Собрание Смирнова, n° 6, fol. 239v-256r, éd. Malek 1985, p. 8-17) – manuscrit en copyright

La huitième version russe de la légende du Bon Pécheur est représentée par deux manuscrits tardifs. Ils sont à peu près contemporains et datent tous deux d'environ 1800. Nous avons seulement eu accès à l'un d'entre eux, celui de Saint-Pétersbourg, édité en 1985 par la chercheuse polonaise Eliza Malek. Nous avons pu nous procurer des numérisations du manuscrit, mais ne sommes pas en mesure de les publier en raison du copyright. L'appartenance du second témoin à cette version est assurée par le titre et l'incipit fournis par un catalogue de 1906. Il se trovait alors à Moscou. Sa localisation actuelle n'a pas été confirmée.

R8 est une version longue avec la plupart des épisodes. Il manque seulement l'épisode 9 avec l'agression de la mère. Celui-ci a curieusement fusionné avec l'épisode 15 où le protagoniste libère le pays de sa mère. Dans R8, il est à la fin agresseur et libérateur. R8 se caractérise aussi par une permutation. La mort du père (épisode 8) est relatée avant la naissance de l'enfant.

Cette version tardive paraît issue d’une fusion entre la version brève R2 et la première version des Gesta Romanorum R1. Il présente un déplacement géographique : l’action se déroule en Palestine et l’identité du héros change, il devient Grégoire le Décapolite, et à la fin du récit il est fait évêque de « la Grande Église » (nom donné au siège patriarcal de Constantinople dans la tradition byzantine) et non pape de Rome. Par ailleurs, les parents du héros sont désignés sous les prénoms Kir et Juliania. Le grand-père est en revanche rejeté dans l'anonymat. Il s'agit d'un remaniement profond de la légende qui va bien au-delà du déplacement géographique. C'est par exemple la mère qui choisit le nom de l'enfant. Après la dispute, les autres enfants se plaignent non pas auprès de leur mère biologique, mais auprès de l'ecclésiastique qui a adopté Grégoire. Ce n'est pas un abbé comme dans les versions occidentales, mais un higoumène, donc un dignitaire exerçant à peu près la même fonction dans l'église orthodoxe. Après la découverte de la tablette qui est en plomb, le héros ne se rend pas directement dans le pays de sa mère mais se met d'abord au service d'un roi d'un pays qui n'est pas nommé. Il remporte tellement de batailles et gloire qu'il accède au trône à la mort de ce souverain. Il décide alors de se marier et endosse ensuite le rôle de l'agresseur de la légende. Après le mariage, son épouse et mère, la reine Juliana, découvre la tablette sans l'aide d'une servante. La fin avec la pénitence suit la trame traditionelle d'assez près. Après avoir obtenu l'absolution, la reine rentre dans son pays.

Il est intéressant de noter que l'auteur anonyme de cette version qui n'est guère très antérieure aux deux témoins dota l'histoire d'un titre renvoyant à un saint canonique du IXe siècle, Grégoire le Décapolite mort le 20 novembre 842 et vénéré à cette date. Sa biographie ne présente pas une grande similitude avec celle du Bon Pécheur. Les titres des deux témoins concordent : Повєсть єжє ω Григорiи Дєкаполитє Палєстинскомъ (Récit sur Grégoire le Décapolite de Palestine).

Le transfert de la légende du Bon Pécheur en Palestine va sans doute de pair avec celui d'un autre récit issu probablement aussi des Gesta Romanorum. Dans le manuscrit que nous n'avons pas pu consulter, R8-2 est précédé d'une histoire similaire. Selon un catalogue de 1906, ce manucrit ne contient que deux récits dont le premier, un « récit fort utile recopié des anciennes chroniques romaines » couvre 36 feuillets contre 21 pour la légende du Bon Pécheur. Il commence par un incipit très proche de celui du second récit : « Бысть в Полестинскихъ странахъ въ нѣкоемъ градѣ велицѣ царь благочестивъ » (Il y avait dans les contrées de la Palestine dans une certaine grande ville un roi très pieux). Le premier récit qui est presque deux fois plus long que le second semble donc adapté d'un autre chapitre des Gesta Romanorum. Le catalogue renvoie à une édition que nous n'avons pas pu consulter.