Corpus russo-ukrainien : Повесть о папе Григории
Présentation générale
- Témoins
- Bibliographie
- R1
- R2
- R3
- R4
- R5
- R6
- R7
- R8
- R9
- R10
- U
- Chapitres russo-ukrainiens des Gesta Romanorum
Description succincte
- Témoins : environ 150 manuscrits
- Sigles : R1 à R10 pour les manuscrits russe et U pour l'unique manuscrit ukrainien)
- Longueur totale des témoins : plus de 1000 pages
- Témoins publiés et transcrits : R1-8, R1-44, R2-3, R3, R4-1, R5, R6, R7, R8-1, R9, R10, U
- Longueur des témoins : selon nos transcriptions actuelles 1547 mots (R1-8), 1782 mots (R1-44), 3523 mots (R2-3), 3811 mots (R3), 4111 mots (R4-1), 2234 mots (R5), 4772 mots (R6), 1373 mots (R7), 3810 mots (R8-1), environ 3650 mots (R 9), environ 3000 mots (R10), 1220 mots (U), total : environ 34700 mots (12 manuscrits)
- Référence numérique : lignes des témoins transcrits
- Auteurs : tous anonymes
- Lieux : Biélorussie, Russie et Ukraine
- Dates : entre le début du XVIIe siècle, avant 1645 (date du manuscrit le plus ancien), et le XIXe siècle
- Source : PL pour R1 (édition inconnue), R2 (édition de 1663) et U (édition inconnue) ; R1, R2 ou U pour R3, R4, R5, R6, R7, R8, R9 et R10 (selon nos connaissances actuelles)
Le corpus russo-ukrainien englobe un nombre inconnu de manuscrits, sans aucun doute plus de 100, voire plus de 150. Les témoins de cet impressionnant corpus sont majoritairement antérieurs à 1800, mais de nombreuses copies sont postérieures dans la mesure où la tradition manuscrite orientale s'est poursuivie sans discontinuité jusqu'au XIXe siècle, dans certains cas au-delà de la parution de l'édition princeps publiée en 1860 par Nikolaï Ivanovitch Kostomarov (1817-1885) d'après un manuscrit inconnu (sigle R3).
La légende du Bon Pécheur est un des 39 récits composant le corpus russo-ukrainien des Gesta Romanorum qui comprend plusieurs centaines de manuscrits copiés entre les XVIIe et au XIXe siècles, en tout cas plus de 250. Seule une partie de ces manuscrits contient l'histoire du Bon Pécheur qui est aussi conservée séparément. Le dernier recensement fait seulement état de 120 manuscrits (Romodanovskaja 2009, p. 937-960), mais il n'inclut que 10 des quelque 150 manuscrits répertoriés avec le Bon Pécheur. Il est fort possible que quelques-uns des 38 autres récits aient connu une popularité similaire de manière autonome.
Le corpus russo-ukrainien des Gesta Romanorum est très majoritairement issu de la traduction polonaise dont l'édition princeps date de 1540. Au XVIe siècle, les éditions polonaises avaient initialement 40 récits, mais au cours du siècle suivant un récit fut supprimé. Cette suppression est attestée pour la première fois dans l'édition non datée que nous appelons PL3 et que l'on date du XVIIe siècle sans plus de précision. 38 des 39 récits de cette réédition légèrement abrégée se retrouvent dans le corpus russo-ukrainien. Il manque le premier récit polonais (ch. 8 selon Oesterley) dans le corpus russe qui ajoute un autre récit (ch. 109 selon Oesterley) absent des éditions polonaises et provenant donc d'une autre langue.
Un tableau des correspondances a été établi par le second éditeur de la version russe du Bon Pécheur, Piotr Andrejevich Vjazemskij (1792-1878). Alors que Kostomarov édita le récit du Bon Pécheur séparément, peut-être parce que son manuscrit ne contenait pas toute la collection, Vjazemskij publia l'intégralité du corpus russe des Gesta Romanorum, 36 d'après un manuscrit aujourd'hui introuvable de l'historien Nikolaï Savvitch Tikhonravov (1832-1893), trois dont le Bon Pécheur d'après un autre manuscrit, Moscou RGB, f. 299, n° 16 (R2-3). Son édition compte 39 récits agencés selon l'ordre du manuscrit principal (ch. 1-36), les trois ajouts figurant à la fin (ch. 37-39). Les correspondances entre ses numéros, ceux de l'édition polonaise de 1543 et ceux de la vulgate latine sont listées dans la page annexe « Les 39 chapitres ». L'histoire du Bon Pécheur est le dernier des 39 chapitres de l'édition de Vjazemskij. Selon un manuscrit cité par Vjasemski (1878, I, p. xvi), la traduction russe des Gesta Romanorum serait issue d'une édition polonaise de 1663. Cette explication paraît plausible bien que l'édition en question semble perdue. Elle devait être proche de l'édition non datée PL3.
Dans la plupart des manuscrits russes que nous avons consultés, le récit est proche du modèle polonais et se caractérise par de nombreux polonismes (Procházková 1960, p. 527). L'histoire du Bon Pécheur fut cependant traduite en russe avant la traduction générale de l'édition polonaise de 1663, car quelques manuscrits sont antérieurs à cette date. Le plus ancien d'entre eux date de 1645. Il est donc avéré que l'histoire du Bon Pécheur fut traduite avant cette date. Autrement dit, le corpus russe est peut-être issu de deux, voire trois traductions différentes.
La première tentative de recenser ce corpus particulier fut entreprise en 1940 par Varvara Pavlovna Adrianova-Peretz (1888-1972). Elle dressa une liste de 52 manuscrits avec le Bon Pécheur, précisa l'emplacement du récit dans ces témoins et cita souvent l'incipit. Sa liste fut complétée en 1955 par Aleksandr Adrianovitch Nazarevskiy (1887-1977). Il signala 60 autres copies du même récit. Celui-ci a connu au moins onze éditions depuis 1860, mais seule celle de Vjasemski l'inclut dans les Gesta Romanorum. L'ouvrage de référence sur cette collection russe est une volumineuse monographie publiée en 2009 par Elena K. Romodanovskaja (1937-2013). Elle signale quelques copies supplémentaires de notre récit, mais sans le rééditer et sans réactualiser les listes de 1940 et 1955.
Nous avons pour notre part réussi à compléter ces deux recensements pour arriver à un corpus potentiel de 150 manuscrits. 22 d'entre eux sont disponibles en ligne dont un avec le récit deux fois. Pour 112 manuscrits, la localisation et la cote actuelles des manuscrits ont été confirmées. Le corpus à peu près certain s'élève donc à 135 copies. La localisation et la cote restent à confirmer ou à établir pour 16 manuscrits. À ces 151 témoins potentiels s'ajoutent quatre éditions issues de manuscrits non identifiés. Nous considérons provisoirement ces éditions comme des témoins. Grâce aux manuscrits en ligne, un manuscrit conservé à Dresde (R4-19), un manuscrit de Saint-Pétersbourg (R9-1) et aux éditions, nous avons actuellement accès à une trentaine de témoins. Les recensements de 1940 et 1955 nous renseignent en outre sur l'incipit d'une trentaine de copies supplémentaires. Il ressort de ces incipits que la plupart des témoins sont assez similaires. Nous avons classé les témoins dans onze groupes que nous considérons non pas comme de simples rédactions, mais comme autant de versions à part entière en raison de l'ampleur de leurs divergences. Au sein de la version majoritaire que l'on pourrait appeler la vulgate russe (R1), nous distinguons deux rédactions que nous appelons A et B. Les autres versions sont généralement représentées par un ou deux manuscrits seulement.
Il est établi que le plus ancien manuscrit daté est de 1645. Cette année constitue un terminus ante quem pour l’arrivée de la légende du Bon Pécheur en Russie ou plutôt à l’est de l’actuelle Pologne, car nous ignorons où la première version russe vit le jour, soit dans l’actuelle Biélorussie, soit dans l’actuelle Ukraine, soit dans l’actuelle Russie. Les éditions polonaises provenant toutes de Cracovie ou de Lviv, il est pensable que la transposition eut lieu quelque part dans l’ouest de l’actuelle Ukraine et qu’elle se propagea ensuite progressivement vers l’est. Certains des manuscrits mentionnés dans la recherche sont rédigés en biélorusse ou ukrainien, mais ceux que nous avons consultés sont en russe hormis un en ukrainien (sigle U). Les neuf autres rédactions sont dotées des sigles R1 à R9 selon leur chronologie relative supposée. Il s'agit d'un corpus très hétéroclite.
Le titre du récit varie selon les manuscrits. Souvent, nous trouvons : « о Григории, папе Римском, о зачатии и о житии его » (Sur Grégoire, pape de Rome, sa conception et sa vie). Nous optons pour la brieveté en proposant comme titre générique : « Повесть о папе Григории » (Récit sur le pape Grégoire). C'est également le titre du récit dans l'édition de Tatiana Fedorovna Volkova (1989) et les articles de Margarita Nikolaevna Klimova dans deux de ses articles (1996 et 1998).
Les versions R1 et R2, chacune complète (25 épisodes avec un épilogue) proviennent sans doute de deux traductions différentes en vieux-russe des Gesta Romanorum établies à partir d’éditions polonaises, peut-être par l’intermédiaire de traductions en vieil-ukrainien. La version R1, datée de 1660, a elle aussi été effectuée à partir d’une rédaction polonaise des Gesta Romanorum (non identifiée), mais se présente sous une variante fortement réduite (épisodes manquants ou raccourcis et absence de dialogues). La version R4, illustrée par un grand nombre de témoins, propose une version courte du récit (sans les épisodes 2, 8-9 et 15) suivant deux rédactions légèrement différentes l’une de l’autre, dont les témoins les plus anciens sont datés de 1645 et 1653. Les autres versions, représentées par un nombre réduit de témoins, se démarquent de la trame du récit d’origine, avec parfois un déplacement géographique visant à lui donner un caractère oriental byzantin. Dans les versions russes, le nom du grand-père, Marcus dans la plupart des éditions latines, est indiqué sous la forme « Parkus » ou « Perkus » (sauf dans la version R8 où il s’agit du « tsar Platon »), le héros est toujours désigné sous le nom de Grégoire (Григор), mais dans la version R8 il devient patriarche de Constantinople tandis que dans la version R9 on note un déplacement géographique (l’action se déroule en Palestine) et l’identité du héros change également (il devient Grégoire le Décapolite, un moine byzantin du IXe siècle).
Concernant les traductions en vieil-ukrainien, il y a un témoin manuscrit attesté qui faisait partie de la collection St. Samborin (conservée, avant 1945, à la bibliothèque du chapitre gréco-catholique de Przemysl, et dont la localisation est aujourd’hui inconnue). Des versions publiées en dialecte carpato-ruthène sont signalées par Gudzij en 1914, mais n’ont pas pu être consultées.
Nous avons notre corpus aux manuscrits accessibles et avérés. Ils sont dotés de sigles et décrits dans les pages spécifiques. Les autres manuscrits qui contiennent le récit du Bon Pécheur d'après des catalogues souvent anciens sont listés sans décription dans la page annexe « Témoins ».