D5 : Gregorius up dem mer
Présentation
Édition : Peter Andersen
Description succincte
- Témoins : 4 manuscrits
- Sigles : D5-1 à D5-4 (D5-1 à D5-2 : témoins datés ; D5-3 à D5-4 : témoins non datés)
- Longueur totale des témoins : 39 pages
- Témoin publié et transcrit : D5-1
- Longueur du témoin publié : 633 lignes et 3596 mots (D5-1)
- Référence numérique : lignes du témoin transcrit D5-1
- Auteur : anonyme
- Lieu : Rhénanie, probablement entre Cologne et Trêves
- Date : très vraisemblablement 1450/1460
- Source : rédaction A de F1
Facsimilés
- D5-1 (1460 ; Paris BnF, Ms. allem. 35, fol. 488rb-492rb, autre sigle Pa1)
- D5-2 (1463 ; Berlin SB, Ms. germ. qu. 1687, fol. 150vb-154ra, autre sigle B16)
- D5-3 (1480/1485 ; Düsseldorf, Ms. C 20, fol. 241ra-245rb, autre sigle Dü1)
- D5-4 (1480/1500 ; Hambourg SUB, Cod. theol. 1731, fol. 170vb-176vb, autre sigle Hm1)
La cinquième version allemande de la légende du Bon Pécheur est un récit associé à des légendiers. Il est conservé dans quatre manuscrits de la seconde moitié du XVe siècle et dépend de la rédaction A de la Vie de saint Grégoire. Comme dans ce texte français, le grand-père du protagoniste est un comte d'Aquitaine (F1 67-68, D5 2), la mère refuse de manger si elle n'obtient pas sa volonté (F1 460-462, D5 77-78) et dépose quatre marcs d'or, dix marcs d'argent et du sel à côté de l'enfant (F1 500-508, D5 84-100). La dépendance du texte allemand de la Vie de saint Grégoire ne fait aucun doute. Comme la rédaction A, il relate la pénitence sur le rocher et suit le modèle français assez fidèlement, avec quelques simplications. La délibération du frère et de la sœur après l'inceste est supprimée. Le texte allemand présente quelques particularités que nous ne trouvons dans aucune autre version. Les tablettes sont de marbre (D5 88), l'enfant trouvé est baptisé d'après le nom du pêcheur (D5 175-177), il commence l'école le jour de saint Grégoire qui est le 12 mars (D5 189-190), et la mère du pêcheur révèle la vérité à son fils qui la dit lui-même à son frère de lait (D5 204-210). La pénitence est enfin prolongée de 17 à 18 ans, probablement en raison d'une erreur de lecture (D5 523).
Volker Mertens est le seul à avoir analysé ce récit de près en 1978. Il se fonda sur l’unique témoin connu alors, un manuscrit de Düsseldorf (D5-3) en six parties réalisées dans la période 1440-1485. La seconde partie fut achevée le 20 octobre 1459 dans le couvent des Béguines à Kettwich (Essen), les autres parties peut-être au même endroit. Le récit du Bon Pécheur appartient à la sixième partie réalisée vers 1480. Il fut en 1963 par Wolfgang Stammler. Mertens nota que le récit était associé à des extraits de l’adaptation de la Légende dorée en moyen-néerlandais méridional, la Südmajoutyérittelniederländische Legenda aura, et envisagea des versions intermédiaires perdues entre le poème français du XIIe et la prose rhénane du XVe siècle, toutefois sans proposer de date pour cette adaptation. En 1981, il signala un second manuscrit à Berlin (D5-2). Celui-ci contient un légendier terminé en 1463 et constituant un terminus ante quem pour le récit qui est inséré après une vie de Grégoire de Spolète mort vers 304 et vénéré le 24 décembre. Sa dépouille se trouve depuis le Xe siècle dans la cathédrale de Cologne.
En 2006, Sylvia Kohushölter crut porter le corpus à cinq manuscrits en signalant trois nouveaux manuscrits, un à Cologne, Historisches Archiv, Best. 7010 (W) 169, fol. 197vb-202rb, un à Paris (D5-1) et un à Hambourg (D5-4). Celui de Cologne contient en fait la vie de Grégoire le Grand. Cette vie faisait partie des quelque 150 vies de saints et de martyres de la Légende dorée (Legenda aurea), rédigée en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes. Le Bon Pécheur est absent de cette version originale et normalement aussi de ses multiples adaptations en langue vernaculaire. En 1357, un anonyme appelé communément le « Bijbelvertaler van 1360 » (narrateur de la Bible de 1360) adapta la Légende dorée en néerlandais. Il en existe sept manuscrits selon le Handschriftencensus, mais aucun d'entre eux ne contient avec le Bon Pécheur. Sous l’entrée « Südmittelniederländische Legenda aurea », nous y trouvons 69 manuscrits dont deux avec le Bon Pécheur (D5-1 et D5-3). Les deux autres (D5-2 et D5-4) sont répertoriés avec les 193 manuscrits du légendier Der Heiligen Leben. Les quatre manuscrits sont aussi listés ensemble sous l’entrée « Gregorius (Prosalegenden) » qui inclut quatre autres manuscrits, deux avec la version de Nuremberg (D3-30 et D3-35), celui de Cologne avec Grégoire le Grand et un de Würzburg qui a disparu. Seuls cinq mots de l’incipit sont connus (Es war ein man ze torma). Le toponyme semble corrompu et les autres mots ne permettent pas une classification fiable.
Les quatre manuscrits du corpus actuel présentent plusieurs points communs et contiennent des copies très similaires. Ils furent tous réalisés dans la seconde moitié du XVe siècle dans la région rhénane, celui de Düsseldorf très certainement plus au nord que les trois autres puisque ses consonnes ne sont pas affectées par la seconde mutation consonantique dont l'isoglosse passe à Benrath entre Düsseldorf et Cologne, donc bien au sud d'Essen. Les trois autres manuscrits sont affectés à des degrés divers par cette mutation et proviennent donc de l'aire du moyen-allemand. Les manuscrits de Paris et Berlin ont presque la même structure et largement la même sélection de vies, mais dans celui de Paris le récit du Bon Pécheur fait partie d'un supplément de 12 vies ajoutées après un légendier principal terminé en 1460. Le supplément qui couvre 97 feuillets ne fut probablement pas ajouté longtemps après l'achèvement du légendier principal mais il manque la fin qui contenait peut-être une date. Les deux manuscrits commencent par un calendrier en guise de registre. Il semble que c'est le copiste du manuscrit de Berlin qui déplaça le récit du Bon Pécheur pour regrouper les deux saints homonymes. Certaines lacunes montrent qu'il ne copia pas le manuscrit de Berlin, mais une copie antérieure, peut-être l'original.
Si cette adaptation rhénane de la Vie de saint Grégoire peut théoriquement dater de la fin du XIIe siècle, il est plus prudent de la situer dans la seconde moitié du XVe siècle. La très grande proximité entre les manuscrits de Paris et Berlin, deux copies presque contemporaines, parle en faveur d'un original réalisé peu de temps avant le terminus ante quem certain, l'année 1463 qui est fournie par le manuscrit de Berlin, et le terminus ante quem probable, l'année 1460, qui est fournie par le manuscrit de Paris. Il faut vraisemblablement situer l'original quelque part entre Trêves et Cologne. Les deux autres manuscrits sont nettement plus tardifs et plus hétéroclites. Ils constituent un second groupe avec certaines leçons communes.
Pour notre édition, nous avons choisi le manuscrit de Paris comme référence mais proposons comme titre « Gregorius up dem mer » (Grégoire en mer). Nous trouvons ce titre dans les quatre manuscrits avec différentes variantes. Cette version rhénane rmontre d'une part la faible pénétration du Gregorius de Hartmann (D1) et de ses mises en prose bavaroises (D3 et D4) dans le Rhin inférieur, d'autre part la longévité de la Vie de saint Grégoire dont au moins deux manuscrits datent du XVe siècle (F1-3 et F1-6) et qui suscita aussi deux adaptations françaises entre 1300 et 1450, la dernière probablement en Wallonie, non loin du lieu de genèse de l'adaptation allemande.